Dienstag 16. Oktober 2018
#205 - juin 2017

Une identité européenne dynamique et multiculturelle

C’est le pape François, un non-européen, qui affirme sans ambages qu’il y a une claire identité européenne. Une affirmation qui surprendra plus d’un Européen ! Au moment où l’Europe cherche un nouveau souffle, il peut être bon de se laisser inspirer par ce qu’un regard extérieur décèle dans notre histoire.

Le pape François a fait quatre discours très riches sur l’Europe dont ressortent deux idées forces: l’Europe est protectrice d’une certaine idée de l’Homme et elle est capable de mettre sa capacité d’innover au service du bien commun.

 

Une certaine idée de l’Homme que l’Europe a su protéger

Le pape François ne voit pas d’abord la technostructure européenne. Pour lui, l’Europe «est une vie, une manière de concevoir l’Homme à partir de sa dignité transcendante et inaliénable». Les horreurs de la Seconde Guerre mondiale ont fait naître en Europe la conscience aigue de la nécessité de protéger la personne humaine. L’Europe s’est engagée pleinement dans la défense des droits humains, de la démocratie et de l’Etat de droit.

 

Devant le Conseil de l’Europe, le pape François a souligné que cela constitue «une des plus grandes contributions que l’Europe a offerte et offre encore au monde entier». Il a rajouté qu’il ressent «le devoir de rappeler l’importance de l’apport et de la responsabilité de l’Europe dans le développement culturel de l’humanité».

 

La conception de l’Homme qui caractérise l’Europe vise en effet non seulement le respect de tout homme, mais aussi le respect de tout l’Homme. L’Homme, dit le pape, n’est pas un «monade», c’est un être relationnel. Il n’est pas simplement consommateur ou producteur, il a aussi une dimension créative, spirituelle, etc. D’où l’importance de l’éducation, mais aussi de l’accès au travail. Le pape a ainsi demandé au Parlement européen de «prendre soin de la fragilité des peuples et des personnes» et de construire l’Europe «non pas autour de l’économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables».

 

Il ne reconnaît pas l’Europe quand elle est effrayée et repliée sur elle-même, ni quand elle cède à « la tentation de réduire les idéaux fondateurs de l’Union aux nécessités productives, économiques et financières». Pour lui l’Europe est «protagoniste, porteuse de science, d’art, de musique, de valeurs humaines et aussi de foi. L’Europe qui contemple le ciel et poursuit des idéaux; l’Europe qui regarde, défend et protège l’homme; l’Europe qui chemine sur la terre sûre et solide, précieux point de référence pour toute l’humanité!».

 

Une capacité d’innover au service du bien commun

A ce souci de l’humain s’ajoute une capacité d’innover au service du bien commun. La construction européenne reste encore à ce jour un processus unique dans le monde. Les pays ont accepté un partage de souveraineté, «un choix libre du bien commun», qui porte des fruits à long terme pour les Européens mais aussi pour le monde. Le projet européen souligne, dès la Déclaration Schuman, la responsabilité particulière de l’Europe pour le continent africain. Solidarité et responsabilité font partie du projet européen dès le départ.

 

Pour François, «La créativité, le génie, la capacité de se relever et de sortir de ses propres limites caractérisent l’âme de l’Europe». Il rappelle que «les racines de l’Europe se sont consolidées au cours de son histoire du fait qu’elle a appris à intégrer dans une synthèse toujours neuve les cultures les plus diverses et sans lien apparent entre elle». Et c’est là où il poursuit: «L’identité européenne est, et a toujours été, une identité dynamique et multiculturelle».

 

Cette phrase illustre deux principes chers au pape François, expliqués dans Evangelii Gaudium. D’abord le temps est supérieur à l’espace (EG 223). Privilégier l’espace aboutit à la logique de construction de murs. Privilégier le temps, c’est s’occuper d’initier des processus, de travailler sur le long terme, sans être obsédé par les résultats immédiats. La construction européenne s’inscrit dans cette ligne et c’est ce qui lui confère son caractère dynamique.

 

Ensuite, le tout est supérieur à la partie (EG 236). L’Europe est supérieure aux pays et aux peuples qui la composent. Cela n’implique pas une uniformité, bien au contraire. Le modèle du «tout», pour François, c’est le polyèdre, dans lequel tous les éléments gardent leur originalité et en même temps forment un ensemble particulier, une communauté riche de ses différences culturelles. C’est une belle image pour la devise européenne, «unie dans la diversité».

 

Le pape François, en invitant l’Europe à trouver la voie d’un nouvel humanisme, lui fournit une feuille de route: «L’Europe a un patrimoine d’idéaux et de spiritualité unique au monde qui mérite d’être proposé à nouveau avec passion et avec une fraîcheur renouvelée et qui est le meilleur antidote contre le vide de valeurs de notre temps, terrain fertile pour toute forme d’extrémisme».

Monique Baujard

Ancienne directrice du service national Famille

et Société de la Conférence des évêques de France

 

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