Montag 10. Dezember 2018
#220 - Novembre 2018

Une culture commune de la mémoire

Le 11 novembre, nous commémorerons le centième anniversaire du cessez-le-feu signé à Compiègne.

Cet événement déclencha la fin de la Première Guerre mondiale. La « catastrophe originelle du 20ème siècle » coûta la vie à près de dix millions de soldats qui périrent dans des conditions terribles. Vingt autres millions de soldats survécurent mais n'en ressortirent pas indemnes et restèrent meurtris dans leur corps ou dans leur âme. On dénombra également 6 millions de victimes parmi les civils. Des paysages entiers furent détruits, eventrés par les obus, contaminés par les gaz toxiques. Les noms de Verdun, Ypres, Tannenberg ou encore celui de la Somme, symbolisent une hécatombe d'une ampleur sans précédent.

 

Pendant longtemps, on ne célébra la fin de la Première Guerre mondiale que dans le cadre de commémorations nationales. En France et en Belgique, le 11 novembre est toujours un jour férié national. La Grande-Bretagne organise une cérémonie commémorative le deuxième dimanche de novembre de chaque année. En Allemagne, la commémoration de la Grande Guerre ne joue qu'un rôle secondaire. Le Jour de deuil national, soit le deuxième dimanche précédant la première semaine de l'Avent, on y commémore les morts des deux Guerres mondiales. Cependant, se souvenir ensemble des victimes de la Première Guerre mondiale, de ses causes et de ses conséquences est un élément intrinsèque du processus d'intégration européen. Surtout en cette période où les idéologies nationalistes regagnent du terrain en Europe, il est primordial d'entretenir une culture commune de la mémoire.

 

L'Historial franco-allemand du Hartmannsweilerkopf est un bon exemple de commémoration commune. Il a été inauguré en novembre 2017 par les présidents des deux pays, Emmanuel Macron et Frank-Walter Steinmeier. Ce lieu où, cent ans plus tôt, des Français et des Allemands se battirent à mort, est aujourd'hui un lieu de commémoration partagé et un symbole de la réconciliation franco-allemande.

 

Commémorer la fin de la Première Guerre mondiale, c'est aussi l'occasion de se pencher avec un esprit critique sur le rôle des Eglises. Le théologien suisse de l’Eglise Réformée Karl Barth constata dès le déclenchement de la guerre en 1914 que l’ « amour de la patrie, l’attitude belligérante et la foi chrétienne » se confondaient dans un chaos sans espoir. Le nationalisme pris le pas sur la foi dans les Eglises des deux pays.

 

Le 24 octobre 2018, les évêques de la COMECE ont lancé un signal fort en se rendant ensemble dans les Flandres sur les sites de commémoration de la Première Guerre mondiale. Cette journée de culture de la mémoire partagée fut placée sous le signe de la commémoration et de la prière. Dans la cathédrale Saint-Martin d'Ypres, la célébration de l'Eucharistie fut présidée par Mgr Lode Aerts, évêque de Bruges. Au cimetière militaire allemand de Langemark, c'est l'évêque allemand Mgr Franz-Josef Overbeck qui présida une prière commune, tandis que l'évêque britannique Nicolas Hudson célébra celle du cimetière militaire de Tyne Cot. Pour clore cette journée, les évêques participèrent à la cérémonie

organisée quotidiennement au mémorial de la porte de Menin à Ypres en l'honneur des plus de 50 000 soldats britanniques et du Commonwealth portés disparus. Ce fut un moment particulièrement émouvant. Cette cérémonie, célébrée depuis 1927, fut d'abord dédiée aux soldats qui s’étaient battus pour le Commonwealth et la Belgique. Aujourd'hui, elle commémore tous les soldats tombés dans les Flandres, y compris les anciens ennemis.

 

Le devoir de mémoire ne doit pas nous contraindre à ne regarder que vers le passé. Rares furent ceux qui, en 1913, imaginaient ce qui allait se dérouler sur notre continent de 1914 à 1918. Comment empêcher qu'une telle chose ne se reproduise ? L'Union Européenne est une réponse à la mise à mort et à la destruction massive engendrée par la Première Guerre mondiale. Mais chaque génération doit apprendre à différencier l'idée de nation de l'idéologie nationaliste. Seule la mémoire partagée de notre sombre passé pourra assurer un avenir commun placé sous le signe de la réconciliation et de la paix.

 

Martin Maier SJ

JESC

 

Version originale de l’article : allemand

 

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