Dienstag 16. Oktober 2018
#219 - Octobre 2018

Teilhard de Chardin. Dieu dans la guerre

La réflexion de Teilhard de Chardin peut aider à percevoir comment Dieu se rend présent au cœur de situations aussi tragiques que la guerre. C’est sa propre expérience spirituelle qu’il a tenté de mettre en mots.

Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) a vécu la Première guerre mondiale comme brancardier dans un régiment d’infanterie. Il fut présent sur les lieux les plus symboliques : Verdun, le Chemin des dames. Il a perdu deux de ses frères, plusieurs amis et vu mourir de nombreux combattants autour de lui. Elevé dans un environnement « protégé », la guerre fut pour lui une véritable « plongée dans le réel ».

 

La période de la guerre fut aussi l’occasion d’une intense production littéraire. Il profitait des temps de repos à l’arrière pour mettre par écrit les réflexions que lui inspirait ce qu’il avait vécu sur le front. Les « Ecrits du temps de la guerre » (1916-1919), édités après sa mort, contiennent les principaux thèmes qu’il développera plus tard.

 

L’épreuve du mal

 

Le premier thème qui vient à l’esprit est celui du mal. Comment une telle violence est-elle possible entre des pays que se revendiquent d’un héritage chrétien ? De nombreux penseurs y voient « la fin d’une civilisation » (Rosenzweig). Teilhard a l’intuition que « la souffrance de la guerre est le signe d’un grand travail qui s’accomplit », comme il l’écrit dans son journal au retour de Verdun. Au-delà de l’apparente absurdité, il entrevoit une possibilité de renouveau.

 

Un texte significatif est « La nostalgie du front », publié dans la revue Études. Ce n’est pas une apologie de la guerre, mais le récit d’une expérience vécue. Le mouvement du texte est dialectique. C’est d’un côté le « moi de l’aventure et de la recherche », le goût des expériences inédites qui sortent des conventions. De l’autre côté, la liberté n’est atteinte que par celui qui « ne vit plus pour soi », qui a renoncé à ses désirs limités au profit d’une entité d’ordre supérieur. Le renoncement à la volonté propre, égocentrée, est la condition d’accès à la vie réelle, affranchie de la mort.

 

À certains moments, Teilhard reconnaît avoir été tenté par le désespoir. Il a éprouvé l’angoisse de mourir. Mais, tournant les yeux vers le Christ en croix, il a compris que la mort n’était pas le dernier mot. Au-delà de cette barrière en apparence infranchissable, se dessine la promesse de la résurrection. Cela suppose un « vouloir croire », un abandon confiant : « plus nous perdons pied dans l’avenir mouvant et obscur, plus nous pénétrons en Dieu ».

 

Un Dieu crucifié

 

Le Dieu qui, pour Teilhard, est présent au sein de la guerre, est le Christ qui a connu l’agonie de Gethsémani et la Croix. Dans ce paroxysme de violence, Dieu lui paraît infiniment loin. À certains moments, comme l’atteste son journal, il traverse une véritable nuit de la foi. Il ne reste que le mouvement intérieur qui pousse à s’en remettre à un autre : « Que faire dans ce cas où tout point d’appui manque, sinon se cramponner, sans rien sentir, à Notre Seigneur, et prier, jusqu’à ce que le courant d’activité se rétablisse ». Le Christ est vainqueur de la mort parce qu’il a connu l’abandon. Il s’est trouvé seul, dépourvu des soutiens humains qui l’avaient accompagné, mais reposant sur Dieu seul.

 

Teilhard ne justifie pas la guerre par des motifs religieux, comme ont pu le faire certains de ses confrères jésuites. Il n’invente pas un Dieu de « consolation ». Il accepte de ne pas comprendre mais de s’en remettre à Celui qui a déjà traversé l’épreuve : « Seule la figure du Crucifié peut recueillir, exprimer ou consoler ce qu’il y a d’horreur, de beauté, d’espérance et de profond mystère dans un pareil déchaînement de lutte et de douleurs ».

 

Un excès d’optimisme ?

 

Plus que les générations qui nous précèdent, nous sommes devenus sensibles à l’absurdité des conflits. Procédant d’une volonté de puissance, ils ont engendré des catastrophes. Teilhard n’est-il pas trop optimiste lorsqu’il pense qu’un « grand travail » est en train de s’accomplir ? Que la crise que traversait alors l’Europe était l’expression des « douleurs de l’enfantement » ? Qu’un monde nouveau était en train d’émerger ?

 

C’est ainsi qu’il lira plus tard l’histoire de l’évolution, marquée par la lutte pour l’existence et ponctuée d’événements dramatiques. La guerre ne serait-elle qu’un épisode de plus dans cette grande compétition qui sélectionne les « plus aptes », c’est-à-dire les vainqueurs ?

 

La pensée de Teilhard est plus subtile. Son regard se porte plus loin, soutenu par l’espérance de la résurrection. Il ne désespère pas de l’humanité et refuse de se réfugier dans un « arrière-monde ». Du mal, Dieu peut faire sortir du bien. Mais la transformation qui s’accomplit reste cachée à nos yeux.

 

 

François Euvé sj

Rédacteur en chef de la revue Études, membre du Conseil de la Fondation Teilhard de Chardin.

 

Auteur de “Pour une spiritualité du cosmos. Découvrir Teilhard de Chardin”, Paris, Salvator, 2015

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