Monday 20. May 2019
#205 - juin 2017

Rassemblés, un an après sa mort, pour célébrer la mémoire de la députée britannique Jo Cox

Ce mois de juin marque le premier anniversaire de l'assassinat de la talentueuse militante humanitaire et parlementaire britannique Jo Cox. Une série d'événements sont prévus pour célébrer ce qui unit les différentes communautés.

Le 16 juin, le Royaume-Uni se rappellera ce jour, il y a un an, où un pays sous le choc a appris les circonstances de la mort de Jo Cox. Celle-ci avait été assassinée à l’arme blanche et par balles dans les rues de Birstall, une petite ville de sa circonscription du West Yorkshire. Son meurtrier était un homme de la région, ayant des liens avec des organisations d'extrême-droite.

 

Dans un article récemment paru dans le journal The Guardian, le mari de Jo, Brendan Cox, fait un récit émouvant de ce qu'il a vécu depuis la mort de sa femme. Il parle en particulier d'une initiative visant à promouvoir un esprit de générosité et d'inclusion, des valeurs qui imprégnaient sa vie. Brendan explique qu'au cours de l'année écoulée, il a consacré son énergie à deux choses: «Tout d'abord, et c'est de loin le plus important, donner à nos enfants tout l'amour et tout le réconfort possibles, quelle que soit la profondeur de notre douleur à tous. Je ne peux pas leur ramener leur maman, mais je peux faire de mon mieux pour emplir leur vie de joie et d'aventure. La deuxième chose qui me fait avancer, c'est la lutte contre la haine et l'extrémisme qui l'ont tuée».

 

L'un des fruits de cette énergie est la création de la Fondation Jo Cox. Son site web explique que la raison d'être de l'organisation est de « canaliser l'énergie et la détermination générées par la vie et la mort prématurée de Jo pour faire avancer concrètement les causes qu'elle a défendues ». Les quatre thèmes sur lesquels se concentre la Fondation sont la solitude, le conflit syrien, les femmes dans la vie publique et la protection des civils dans les conflits armés.

 

Tout au long de son travail au sein de plusieurs ONG  et de son mandat de députée, Jo a fait campagne sans relâche en faveur des personnes socialement et économiquement marginalisées. Elle était également convaincue que la présence de minorités ethniques était l'un des  atouts majeurs du Royaume-Uni. Dans son tout premier discours à la Chambre des Communes en juin 2015, elle évoquait déjà le caractère multiculturel de la circonscription qu'elle représentait, en faisant remarquer que celle-ci était «profondément enrichie par l'immigration». Elle se disait alors convaincue que, malgré nos différences, «ce qui nous est commun est bien plus grand que ce qui nous divise». Il est donc particulièrement tragique que ce soit la haine de cette vision inclusive qui ait motivé son meurtrier.

 

Ce qu'espère la Fondation Jo Cox, c'est briser le cercle vicieux de la polarisation, qui fait le lit de l'extrémisme. C'est la raison pour laquelle, en association avec une série de partenaires, la Fondation a eu l'idée du Grand Rassemblement. Comme l'explique Brendan dans le Guardian, «au début de l'année, j'ai décidé que le meilleur moyen de marquer l'anniversaire de la mort de Jo était de donner aux gens la possibilité de se rassembler pour célébrer toutes les bonnes choses qui nous unissent en tant que nation. Cette idée a vraiment pris une ampleur considérable. Et c'est ainsi que, pendant le week-end du 16-18 juin, des milliers d'événements seront organisés dans tout le pays sous la bannière du Grand Rassemblement (The Great Get Together)». 

 

Elément poignant et totalement imprévu, le Grand Rassemblement aura lieu une semaine exactement après les élections générales «surprise», convoquées par la Première ministre britannique Theresa May. Brendan se dit «convaincu qu'au lendemain du scrutin, un moment collectif de rassemblement aura plus de sens que jamais». Il avoue: «Pour bien des raisons, ce n'est pas une élection que j'attends avec impatience. Nous avons dans ce pays une tradition dont nous sommes fiers: exprimer nos opinions et avoir des divergences de vues tout en respectant ceux dont nous ne partageons pas les idées. Mais ce qui me préoccupe, c'est que ce respect des adversaires est devenu une valeur négligeable, bien vite oubliée lorsque les passions s'échauffent. Or, les élections ne doivent pas  aggraver les divisions dans la société, et j'espère du fond du cœur que ce ne sera pas le cas pour celles-ci».

 

Faisant référence aux exemples récents de montée des partis politiques d'extrême-droite en Autriche et en France, Brendan affirme: «Nous nous étions laissés aller à croire que nos valeurs et les institutions qui les défendent étaient en quelque sorte sacro-saintes, alors qu'en fait, leur force ne réside que dans le soutien des citoyens. Il est de plus en plus clair que chaque génération doit lutter pour les protéger et les mettre en pratique. Les libéraux considèrent trop souvent que ceux qui ne sont pas d'accord avec eux sont idiots ou sectaires, alors que l’immense majorité des gens ne sont ni l’un, ni l’autre. Nombreux sont ceux qui ont des préoccupations tout à fait légitimes quant au rythme de l'évolution de la société et à l'impact de l'immigration. Mais ce sont aussi d'honnêtes gens qui croient en l'intégration. Les traiter de racistes ou d'imbéciles les jette dans les bras des extrémistes». 

 

Le Grand Rassemblement est un pas vers  dépassement des clivages. Près de 20.000 événements ont déjà été planifiés d’ici à la mi-mai, depuis les fêtes de rue organisées par des groupes de scouts jusqu’à une activité proposée par la cathédrale anglicane de Birmingham («Construire et décorer une colombe») ou de nombreux bals qui se tiendront dans les salles des fêtes de tout le Royaume-Uni. Les organisateurs du Grand Rassemblement invitent les partenaires de tous horizons à s’associer au projet. Reconnaissant que les groupes confessionnels «font déjà énormément pour bâtir des communautés et dépasser les clivages créés par l'âge, la race, la richesse et les opportunités », les organisateurs ajoutent: «Nous espérons que vous vous joindrez à nous pour que le Grand Rassemblement soit un énorme succès et permette de célébrer ce que nous avons en commun».

 

Brendan conclut: «Jo aimait faire la fête, et j'espère que ce rassemblement sera un moment de joie dans tout le pays. Bien sûr, pour sa famille et ses amis, cette joie sera teintée d'une grande tristesse. Mais si nous parvenons à apporter un peu plus de proximité dans le pays, je sais que Jo sera fière de nous».

Henry Longbottom, SJ

JESC

 

Version originale de l’article : anglais/ allemand

 

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