Samstag 21. Juli 2018
#217 - Juillet-aout 2018

Pourquoi réformer la zone euro ?

Lors du sommet de la zone euro du 29 juin dernier, les dirigeants de l'UE ont adopté un premier ensemble de décisions sur la réforme de l'Union Economique et Monétaire. Sylvie Goulard, sous-gouverneure de la Banque de France, nous explique les enjeux de cette réforme.

Lors du sommet de la zone euro du 29 juin dernier, les dirigeants de l'UE ont adopté un premier ensemble de décisions sur la réforme de l'Union Economique et Monétaire. Sylvie Goulard, sous-gouverneure de la Banque de France, nous explique les enjeux de cette réforme.

 

Réformer la zone euro ? Une certaine lassitude de l’opinion est compréhensible. L’exhortation a été si souvent répétée que bien des Européens s’interrogent. Pourtant c’est bien la solidité de l’Union économique et monétaire (UEM) qui conditionne la croissance et l’emploi.

 

Pour évaluer la situation, certains écueils sont à éviter

 

Un premier écueil serait de sous-estimer l’attachement à l’euro comme l’ampleur des efforts fournis.

 

Indéniablement, la zone euro sort renforcée de la crise qui a été son baptême du feu. En catastrophe, des outils de secours ont été créés pour aider les pays en difficulté. Le Mécanisme européen de stabilité (MES) a notamment permis d’accorder des crédits à la Grèce, à l’Irlande ou encore au Portugal. Des instances nouvelles ont été créées : ainsi, les plus grandes banques de la zone euro sont désormais supervisées à Francfort, sous les auspices de la Banque centrale européenne (BCE). De manière générale, la finance (y compris les marchés, les assurances, les agences de notation) a été mieux encadrée.

 

Au niveau national, plusieurs États ont adopté des mesures significatives pour réduire leurs déficits, leurs dettes et dynamiser leurs économies : par exemple, en Italie une réforme des retraites de grande ampleur, en Espagne et plus récemment en France, des mesures visant à rendre le marché du travail plus fluide. Plus récemment, les créances douteuses des banques ont été réduites. S’il faut parvenir à réduire encore le chômage des jeunes, la situation économique et financière de la zone euro s’est singulièrement améliorée. L’Eurosystème, composé de la BCE et des banques centrales nationales, a pris sa part des efforts, adoptant des mesures « non conventionnelles » exceptionnelles pour éviter la déflation, ce qui a indirectement aidé à la reprise et à la création d’emplois.

 

Durant la crise, tous les gouvernements ont prouvé leur attachement à la monnaie unique. Au plus fort de la tourmente, de nouveaux États ont rejoint la zone euro, les pays Baltes notamment. Cet été, la Grèce va tirer le bénéfice d’années d’efforts. D’après le dernier sondage régulier Eurobaromètre (n° 89 Printemps 2018), 83 % des Allemands, 70 % des Français et 61% des Italiens sont attachés à l’euro. Malgré les doutes et les critiques, les Européens, y compris les Irlandais (84%), les Portugais (80 %) ou les Grecs (69 %) qui ont traversé des années difficiles, n’ont pas envie qu’on touche à leur monnaie et à …leur porte-monnaie.

 

Ces efforts ne sont toutefois pas suffisants pour nous reposer sur nos lauriers. L’union monétaire a été construite de manière plus solide que l’union économique. Sans un nouvel élan, la zone euro pourrait être à nouveau vulnérable en cas de choc, sans compter que la convergence des niveaux de vie contribue à la prospérité et à la stabilité de l’UE.

 

Le dernier sommet de la zone euro, le 29 juin montre l’ampleur des hésitations. Avec la déclaration franco-allemande de Meseberg un jalon est posé. La discussion autour d’un budget de la zone euro a démarré. Elle sera longue mais d’autant plus féconde qu’elle permettra d’affiner sa raison d’être (investissement ? fonds secours ? capacité contracyclique ?) ainsi que de clarifier les modalités de son financement. Les dirigeants européens sont également restés très prudents sur les progrès d’un fonds de garantie des dépôts bancaires. Ils ont en revanche pris une décision importante permettant au Mécanisme européen de stabilité (MES) d’être utilisé à l’avenir pour restructurer une banque.

 

La Zone Euro au milieu du gué.

 

Deux risques symétriques d’aveuglement guettent l’UE : certains refusent d’admettre que l’appartenance à l’Union économique et monétaire (UEM) oblige à respecter des règles communes. Ils ont tendance à escamoter les effets positifs des réformes quand ils ne font pas miroiter l’illusion d’un retour en arrière. D’autres renvoient tout « partage du risque » (inhérent à la création d’un budget commun par exemple) à une date ultérieure, sans dire à quel moment la « réduction des risques » serait suffisante à leurs yeux pour avancer. Avoir une monnaie unique, c’est pourtant partager un élément de souveraineté, la monnaie, c’est forcément prendre des risques ensemble. Lier nos destins, telle était la raison d’être de l’euro qu’Helmut Kohl justifiait par la mort de son frère durant la seconde guerre mondiale.

 

Les temps changent mais l’impératif supérieur demeure. En raison de la révolution technologique et du bouleversement géopolitique en cours, ainsi que du retour de pulsions protectionnistes, l’intérêt national des États qui possèdent la même monnaie, est de serrer les rangs.

 

Sylvie Goulard

Sous-gouverneure de la Banque de France

ancienne députée européenne

 

Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

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