Monday 22. July 2019
#218 - Septembre 2018

Pour un contrôle citoyen de la finance

Dix ans après la crise financière de 2008 et dix mois avant les élections européennes, le Secours Catholique – Caritas France publie « La finance aux citoyens ». Ce rapport propose un ensemble ambitieux de réformes pour mettre la finance au service de l’intérêt général.

La finance joue un rôle clef dans l’économie et concerne directement l’intérêt général par au moins trois aspects : la gestion des moyens de paiement, celle du crédit et celle de la valeur de la monnaie. Du fait de la dérégulation progressive à l’œuvre depuis les années 1970, la finance a progressivement pris une place et un pouvoir démesurés dans la vie des citoyens, influencant différents secteurs de l’économie et les politiques publiques.

 

Les leçons non tirées de la crise de 2008

 

Comme l’a encore récemment rappelé l’Eglise catholique, les réformes impulsées par le G20 et le Comité de Bâle, puis mises en œuvre au niveau européen par des directives n’ont pas permis de réduire drastiquement les risques pesant sur la société. Surtout, elles n’ont pas remis en question le rôle de la finance dans nos économies. Les politiques de quantitative easing des banques centrales ont sauvé le système financier mais n’ont pas servi l’économie réelle, comme a pu le laisser entendre récemment un membre du conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne.

 

La crise de 2008 a mis en lumière ces dysfonctionnements mais certaines réformes, même si elles sont allées dans le bon sens, n’ont pas permis le changement de paradigme nécessaire. Cela s’explique entre autres par la résistance des acteurs financiers souvent très proches des décideurs politiques et des régulateurs. Au bout du compte, les activités spéculatives restent trop attractives, le shadow banking n’est pas mieux régulé, les banques sont toujours trop grandes, le crédit est insuffisamment orienté vers l’économie : les activités de marchés des grandes banques européennes représentent encore plus de 70% de leurs activités contre moins de 30% pour l’économie réelle.

 

Une dérégulation qui creuse les inégalités et freine les transitions nécessaires

 

La financiarisation toujours à l’œuvre est un frein majeur au changement des modèles économiques. Ces changements sont pourtant nécessaires pour faire face aux défis des transitions sociale et écologique. Par ailleurs, la financiarisation affecte structurellement les sociétés, entre autres en aggravant les inégalités de patrimoines et de revenus. Parallèlement, la mise en marché de la dette des États a conduit à une situation de surendettement de ces derniers. Ce surendettement les empêche de mener des politiques publiques ambitieuses en matière de protection sociale, d’investissements face à la crise climatique et de développement des pays du Sud. D’autant plus que les créanciers privés des Etats sont souvent favorables à des politiques d’austérité allant à l’encontre de l’intérêt général et vouées à l’échec compte tenu de ce même surendettement.

 

Les règles financières sont en grande partie élaborées dans des instances rendues indépendantes des pouvoirs politiques (par exemple les banques centrales et leurs regroupements supranationaux). A contrario, les acteurs du secteur financier sont surreprésentés dans ces instances. Qui plus est, la plupart des pays en développement en sont exclus alors qu’ils subissent les impacts négatifs du système financiarisé.

 

Reprendre la main sur les règles financières

 

Le rapport ‘La Finance aux Citoyens’ du Secours Catholique-Caritas France s’ancre dans la doctrine sociale de l’Eglise pour proposer un ensemble de mesures visant à mettre la finance au service de l’intérêt général.

 

Comme les activités financières impactent tous les citoyens, il convient que ceux-ci puissent faire valoir leurs attentes dans la définition et la mise en œuvre des règles d’encadrement de la finance. Il est donc nécessaire d’ouvrir ces instances aux citoyens comme aux pays du Sud et de les rendre plus redevables vis-à-vis des parlements.

 

Cela facilitera la réorientation des flux financiers vers les activités socialement et économiquement utiles (comme la transition énergétique), notamment par l’activation des outils monétaires (création monétaire fléchée et réserves obligatoires fixées selon les besoins sectoriels) et prudentiels (augmentation des ratios de fonds propres exigés des banques pour les activités nocives comme les énergies fossiles).

 

Ces mesures permettront de casser la logique court-termiste de la finance et devraient être complétées par une révision profonde du système financier, essentiellement en encadrant enfin le shadow banking, en fixant des règles prudentielles solides et en limitant les activités des banques aux activités essentielles à l’intérêt général.

 

A quelques mois des élections européennes, il est temps de reprendre le chantier de la régulation de la finance pour la remettre au service des citoyens. Il est donc crucial que les responsables politiques et les candidats réinvestissent cet enjeu qui doit être au centre du débat politique.

 

Grégoire Niaudet

Chargé de plaidoyer Finance – Secours Catholique – Caritas France

Administrateur de Finance Watch

Auteur de ‘La Finance aux citoyens’, disponible sur www.lafinanceauxcitoyens.org

 

Consulter l’intégralité du rapport « La Finance aux citoyens »

 

Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

 

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
http://europe-infos.eu/