Montag 25. September 2017

L’Europe doit se réinventer!

Friedhelm Hengsbach, professeur émérite en éthique sociale chrétienne, s’inscrit en faux contre lesidées d’un noyau dur européen et d’une Europe à deux vitesses.

En réponse à la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, la Chancelière Angela Merkel a déclaré lors du sommet de l’UE des 27 à Bratislava, en septembre 2016: «Nous ferions véritablement fausse route si nous relancions un débat à propos du traité.» Ce faisant, doit-on entériner la confusion institutionnelle européenne actuelle? Voire, au besoin, effectuer une correction d’ordre technico-pragmatique de ses dysfonctionnements? Ou s’agit-il au contraire d’avoir une approche qui ne porte pas à son paroxysme les crises préoccupantes, mais attende patiemment que le pire soit surmonté et que se présente un moment favorable pour procéder à des changements à peine perceptibles?

 

Une Europe à deux vitesses?

En réponse au Brexit, l’«esprit de Bratislava» a dicté aux États membres et aux institutions de l’Union qu’il convient d’entreprendre des actions réalisables et d’emprunter des voies praticables. Tel devait être le message pour préserver l’UE-27 d’un nouvel effilochage. Les mesures de réforme qui, depuis les années 80, hantent les débats politiques internes à l’UE font-elles également partie de ces voies et moyens? Il a été maintes fois question d’un «noyau dur européen et de sa périphérie», d’une «Europe à deux, voire plusieurs vitesses» ainsi que d’une «coopération renforcée entre certains États membres».

 

Récemment, la Chancelière a également eu des accents sibyllins, lorsqu’elle a déclaré qu’il y aurait «une UE à deux vitesses différentes», «étant donné que tous ne veulent pas prendre part aux mêmes niveaux d’intégration». À titre d’exemples, elle a énuméré l’espace Schengen, l’intérêt de la Pologne pour une coopération renforcée en matière de défense et le souhait franco-allemand d’une politique économique et fiscale plus étroite au sein de la zone euro.

 

Objections à l’égard d’un noyau dur européen

Aux slogans équivoques actuellement lancés et faisant état d’une Europe protéiforme, on peut opposer  de fortes objections. N’est-il pas risqué de réduire un «noyau dur européen» à la relation franco-allemande? Car un axe rivé sur deux pays suscite l’opposition des États périphériques. Il demeure tout aussi insuffisant d’étendre ce «noyau» en faisant pivoter autour de cet axe l’Italie, la Pologne ou l’Espagne, si des États plus petits et surtout des pays d’Europe centrale et orientale ne participent pas à cette phase préliminaire.

 

En règle générale, il n’est rien dit non plus de la manière dont les pays du noyau dur sont associés aux partenaires périphériques. Les institutions, procédures et objectifs qui s’appliqueraient dans la zone centrale et dans les zones périphériques ne sont pas évoqués non plus.

 

Les exemples maintes fois cités de l’UE, de l’OTAN ou de l’espace Schengen ne sont pas convaincants, car des adhésions qui se superposent à l’intérieur de systèmes juridiques indépendants l’un de l’autre doivent être évaluées différemment des adhésions au sein d’un même cadre juridique, tel que la zone euro dans le cadre des traités européens. La coopération intergouvernementale des pays de la zone euro au titre du système prévu par le traité UE n’est comparable que par analogie à l’appartenance à l’espace Schengen.

 

Le mantra des deux vitesses reste donc nébuleux. Les pays plus faibles économiquement doivent-ils accélérer leur course poursuite afin de combler leur retard? Ou bien les pays économiquement forts doivent-il creuser davantage l’écart les séparant des économies les moins performantes? La belle formule d’une coopération renforcée des États membres de l’UE dissimule le système parallèle des traités européens et des relations contractuelles intergouvernementales, internationales.

 

Augmentation de la polarisation sociale

Dans le débat public, il n’est toutefois question que des relations des membres de la zone euro avec les autres membres de l’UE. La distance croissante entre les États pouvant faire partie du noyau central et ceux qui sont à l’extérieur de celui-ci génère des tensions et des conflits. Ces conflits sont perçus comme une situation de déséquilibre structurel entre suprématie et dépendance.

 

De la différence naît la rivalité et la dissolution; le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a déclaré à propos du Brexit: «Dedans c’est dedans, dehors c’est dehors.» Comparer des vitesses est alors superflu. Comment un réglage politique fin peut-il réussir au cœur du noyau et entre celui-ci et sa périphérie? Des déséquilibres cristallisés à l’intérieur ou entre les zones rompent toute balance possible entre des vitesses inégales.

 

La zone euro réellement existante, comme noyau dur européen stylisé, est suffisamment dissuasive pour faire accueillir avec scepticisme l’idée des deux vitesses. Le détour par des traités intergouvernementaux, en vue de sauver des États vulnérables, a déprécié l’idée d’une UE à deux vitesses dans le cadre d’un régime de droit. Les conditions de vie dans les régions ne se sont pas rapprochées. La polarisation sociale s’est accentuée.

 

Enfin, le fait que ce soit l’intervention de politique monétaire de la Banque centrale européenne, en tant que prêteur en dernier ressort, qui ait réduit à néant les offensives spéculatives d’investisseurs privés et préservé du naufrage la zone euro, est un avertissement. Il serait opportun de reconsidérer les idées de noyau dur européen et d’Europe à deux vitesses.Version originale de l’article: allemand

 

Friedhelm Hengsbach SJ

Oswald von Nell-Breuning Institute for Economic and Social Ethical Studies

 

Version originale de l’article: allemand

 

Les opinions exprimées dans europeinfos sontcelles des auteurs et ne reflètent pas nécessairementcelles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

Teilen |
Agenda

> 17 juillet
Présentation par la Commission Européenne de son examen annuel des développements en matière de questions sociales et d'emploi en Europe. L’édition 2017 se concentrera sur la question de l’égalité intergénérationnelle.
 
> 24 juillet
Réunion du Conseil pour les affaires économiques et financière (ECOFIN) qui rassemblera les ministres des affaires économiques et des finances des Etats membres de l’UE. Les politiques économiques de l’UE, la taxation et la réglementation des services financiers seront les principales questions à l’ordre du jour.
 
> 17-18 juillet
Réunion du Conseil pour l’agriculture et la pêche à Bruxelles. Les ministres européens en charge de la pêche et de l’agriculture y discuteront des questions relatives à leurs domaines de compétence et notamment de la sécurité alimentaire, de la santé et du bien-être animal mais aussi de la santé végétale.
 
> 31 juillet – 11 août
Fermeture annuelle du siège de la COMECE à Bruxelles.
 
> 28 – 31 août
Réunion des commissions du Parlement Européen afin de préparer le travail législatif en vue de la session plénière du Parlement.

europeinfos

Monatliche Newsletter, 11 Ausgaben im Jahr
erscheint in Deutsch, Englisch und Französisch
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brüssel
Tel: +32/2/235 05 10, Fax: +32/2/230 33 34
e-mail: europeinfos@comece.eu

Herausgeber: Fr Olivier Poquillon OP
Chefredakteure: Johanna Touzel und Martin Maier SJ
© design by www.vipierre.fr

Hinweis: Die in europeinfos veröffentlichten Artikel geben die Meinung der Autoren wieder und stellen nicht unbedingt die Meinung der COMECE und des Jesuit European Office dar.
Darstellung:
http://www.europe-infos.eu/