Mittwoch 12. Dezember 2018
#219 - Octobre 2018

Les conséquences humanitaires de la guerre

La Grande Guerre reste encore perçue aujourd’hui comme une confrontation purement militaire. Or, elle a eu un très large impact sur les populations civiles et elle a profondément changé la nature de l’action humanitaire.

STC335786 Red Cross men in the trenches attending to a wounded man, 1916 (sepia photo) by English Photographer, (20th century); Private Collection; (add.info.: During the Somme Offensive, July-November 1916;); The Stapleton Collection; English,  it i

La Première Guerre mondiale était généralement considérée comme un événement qui n’a concerné que les militaires. On estime le nombre de militaires décédés entre neuf et onze millions ; cette guerre est donc souvent décrite comme le dernier conflit où le nombre de victimes militaires est supérieur à celui des victimes civiles. Et la proportion de neuf combattants tués pour un civil reste utilisée comme marqueur pour décrire la violence de ces quatre années de conflit.

 

Or, aujourd’hui, une analyse plus précise de l’impact réel de la Grande Guerre sur les populations civiles contredit ces affirmations. Les non-combattants ont souffert autant que ceux qui se sont battus pendant ces années de conflit, et encore davantage après la fin officielle des combats le 11 novembre 1918. En ce sens, on pourrait dire que les pertes militaires et les pertes civiles sont équivalentes.

 

Les cibles civiles

 

Les populations civiles ont été touchées de différentes façons par la guerre, que ce soit directement ou indirectement. Elles ont été la cible d’actions militaires, comme par exemple les populations austro-hongroises qui ont été décimées en raison des combats sur le Front de l’est, ou les habitants du nord de la France qui ont souffert des bombardements allemands. Les civils ont aussi été les victimes de représailles, comme les Serbes sous l’administration autrichienne, ou de déplacements massifs parfois mortels, organisés par l’ennemi ou par leur propre gouvernement, comme en Russie ou dans l’empire ottoman. Dans ce dernier, des massacres de non-combattants ont également été perpétrés. Les nouvelles perspectives historiques montrent aussi que les populations civiles locales des empires coloniaux européens n’ont pas été épargnées par la guerre ni par ses tragiques conséquences. Les massacres de civils se sont poursuivis après l’armistice de novembre 1918, car de nouveaux conflits armés, directement liés à la Grande Guerre, ont éclaté notamment en Hongrie, en Pologne, en Russie, en Finlande et au Moyen-Orient.

 

Indirectement, les populations civiles ont été touchées par les conséquences de l’occupation militaire, comme en Roumanie ou dans le nord de la France où des civils pouvaient être pris en otage, internés dans des camps ou même déportés. Pour les populations des Empires centraux, en particulier, les effets désastreux du blocus économique imposé par l’Entente cordiale ont aggravé leurs conditions de vie. Au quotidien, la malnutrition, liée au manque d’hygiène, et la propagation de maladies contagieuses (telles que le typhus) ont considérablement accru le taux de mortalité des civils, surtout de ceux qui vivaient en ville. Notons aussi que la grande famine de Russie dans les années 1921-1922, qui a coûté plusieurs millions de vies, est une conséquence directe de la Première Guerre mondiale et de l’effondrement de l’empire russe.

 

La nouvelle démarche humanitaire

 

Devant l’ampleur de ces catastrophes, des organisations humanitaires comme le Comité International de la Croix Rouge (CICR) ou les Sociétés Nationales de la Croix Rouge n’ont pu rester les bras croisés. Pendant la guerre, l’Agence internationale des prisonniers de guerre, créée par le CICR pour s’occuper essentiellement des prisonniers militaires, a également organisé une section spéciale pour répondre aux demandes concernant spécifiquement les civils (internés, déportés, otages et personnes vivant en territoire occupé). Ce fut une véritable innovation à l’époque car jusque-là, le champ des activités du CICR n’incluait pas les civils.

 

En outre, les missions et les délégations du CICR, qui avaient été mises sur pied à l’origine dans plusieurs Etats européens pour aider les prisonniers de guerre en attente de rapatriement, se sont rapidement occupées de faire parvenir des colis de nourriture et de médicaments aux populations souffrant de la faim, en particulier dans les pays vaincus (Autriche, Allemagne, Hongrie, etc.), en agissant seules ou en collaboration avec d’autre organisations internationales. C’est ce qui s’est passé par exemple pendant la famine de Russie, où le CICR est intervenu à grande échelle aux côtés de l’ARA (American Relief Administration). Dans ce travail humanitaire, les enfants ont fait l’objet d’une attention toute particulière et c’est ainsi qu’au début des années 1920, le CICR a co-fondé l’Union internationale Save the Children en collaboration avec le "Save the Children Fund". Le CICR a également aidé les réfugiés russes et arméniens, notamment par l’intermédiaire de ses délégations à Constantinople et à Athènes. Dans ce cadre, le CICR a contribué à fournir des approvisionnements, mais il a aussi intercédé pour aider les réfugiés à émigrer et à s’établir dans des pays tiers.

 

Pour le CICR, tous ces défis humanitaires étaient nouveaux. Mais ils ont ouvert la voie à ce qu’est devenue cette institution aujourd’hui et à la manière dont elle travaille pour les victimes de guerre sur le terrain, face à la violence armée du 21ème siècle.

 

Daniel Palmieri

Chargé de recherches historiques

Section de la Bibliothèque et des Archives publiques

Comité International de la Croix Rouge (CICR), Genève

 

Version originale de l’article : anglais

 

 

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