Samstag 17. November 2018
#217 - Juillet-aout 2018

Les catholiques engagés en politique

Les catholiques italiens ont récemment été invités par le pape François à s'engager davantage en politique. Matteo Truffelli, Président du mouvement italien d'action catholique (Azione Cattolica Italiana), qui fête cette année son 150ème anniversaire, fait part de ses réflexions sur la nécessité de s'engager en faveur du bien commun en Europe.

"Chers amis de l'Action catholique, sentez fort en vous la responsabilité de jeter la bonne semence de l'Evangile dans la vie du monde, à travers le service de la charité, l’engagement politique - entrez en politique mais, s'il vous plaît, dans la grande politique, la Politique avec un P majuscule! - à travers aussi la passion pour l’éducation et la participation à l’échange culturel".

 

C'est le 30 avril 2017 que le pape François nous a lancé cette invitation claire à prendre soin du bien commun, au cours de la rencontre qu'il a eue sur la Place Saint-Pierre avec l'Action catholique à l'occasion du 150ème anniversaire de l'Association. C'était une interpellation venue de son cœur de père et nous avons eu le sentiment qu'elle ne s'adressait pas uniquement aux membres de l'Action catholique mais, plus généralement, aux laïcs chrétiens désireux de s'engager dans le monde d'aujourd'hui. J'ai été particulièrement intrigué par l'appel à s'engager "dans la grande politique, la politique avec un P majuscule". Il y a de vifs débats à l'heure actuelle autour de cette question : que peuvent apporter les catholiques - individuellement et au sein d'organisations associées - à la vie sociale et politique dans les lieux où ils vivent ? Les réflexions qui ont été formulées après cette rencontre avec le pape ont été rassemblées dans un livre intitulé The capital P – Engaging in politics at the grass roots (Le P majuscule – s'engager en politique sur le terrain). L'ouvrage contient plusieurs interviews où nous avons essayé de mettre en pratique les conseils du pape François dans le contexte actuel.

 

La nécessité de faire de la politique "avec un P majuscule" met indiscutablement en cause l'ensemble de la scène européenne et internationale, à un moment où les tensions sont alimentées par les nouveaux populismes, dans ce qui est une sorte de "troisième guerre mondiale par morceaux", pour reprendre l'expression du pape François. Effectivement, le monde d'aujourd'hui est marqué par des conflits de différentes natures. On confond la violence du terrorisme avec la violence des nombreuses guerres qui oppriment les pays les plus pauvres. Bien des pays riches réagissent à ces tensions en choisissant de s'isoler au lieu de renforcer les raisons de coexister pacifiquement. Dans le même temps, les démocraties occidentales semblent traverser une période de crise et de nombreux citoyens mettent leur foi dans le concept d'identité et dans un solide leadership, qui leur donnent l'illusion de pouvoir résoudre les problèmes.

 

Lorsqu'on est confronté à des difficultés qui paraissent énormes, il est naturel de penser que la solution consiste en la fermeture et l'établissement de barrières. Mais le monde d'aujourd'hui ne nécessite pas une politique de repli sur soi, qui serait non seulement injuste mais qui aurait aussi beaucoup d'inconvénients. Comme le pape François l'enseigne lui-même dans l'encyclique Laudato si', s'il y a des problèmes communs, les réponses doivent aussi être communes. Les grandes questions de notre temps ne peuvent donc pas être résolues individuellement par les Etats. Il nous faut cultiver les raisons de faire fleurir la paix et la solidarité internationale au lieu de revenir à une conception du monde axée sur l'équilibre entre les grandes puissances. C'est pourquoi, par exemple, l'Action catholique italienne propose des initiatives et organise des événements concernant le droit international et l'Europe.

 

Dans cette époque d'incertitudes, nombreux sont ceux qui préfèrent remettre en question le projet de l'unité européenne qui a apporté tant d'avantages à notre continent au fil du temps. Nous sommes fermement convaincus qu'il nous faut maintenant pousser l'Europe à faire un bond en avant et à retrouver l'énergie qui nous a permis de trouver des solutions complètement nouvelles. L'unité européenne aurait été inconcevable il y a quelques décennies; or, elle nous a aidés à faire face à des problèmes qui touchaient toutes les nations européennes et qui paraissaient insolubles, à une période qui n'était pas plus facile que celle que nous connaissons à l'heure actuelle.

 

Il nous incombe donc, en tant que citoyens et laïcs catholiques, de promouvoir la politique pour s'occuper des nombreuses urgences d'aujourd'hui, même de celles qui paraissent hors de notre portée par leur taille ou leur difficulté, sans pour autant renoncer à construire l'avenir. Je pense, par exemple, à la lutte contre la criminalité et la corruption, à la protection de l'environnement, au développement des pays les plus pauvres, à la mise en place d'une coexistence pacifique entre les peuples, les religions et les cultures, à la relance de l'économie et de l'emploi ou à la promotion et à la protection de la santé et de la vie.

 

Je suis par conséquent profondément d'accord avec ce que déclarait l'année dernière le Président de la République italienne Sergio Mattarella, à l'occasion du 60ème anniversaire de la Communauté économique européenne. Il disait : "Les pères de l'Europe, qui ont donné vie aux Traités avec le consentement démocratique de leurs pays, n'étaient pas des visionnaires mais des politiciens, conscients des défis et des risques et capables d'y faire face. Ces hommes ont eu le courage de transformer en forces les faiblesses, les vulnérabilités et les angoisses de leurs peuples respectifs et de mettre en commun les capacités de chacun des pays. Ils ont également eu le courage de chercher à créer une grande société ouverte, où la liberté, la démocratie et la cohésion seraient mutuellement assurées". Aujourd'hui, il nous est demandé de faire de même. Et il nous est aussi demandé d'exhorter les politiciens à faire de même dans de nombreux domaines.

 

Matteo Truffelli

Président national de l'Action catholique italienne – Azione Cattolica Italiana. Auteur du livre "The capital P – Engaging in politics at the grass roots" La P maiuscola. Fare politica sotto le parti (Ed. Ave)

 

 

Version originale de l’article : italien

 

Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

Teilen |
europeinfos

Monatliche Newsletter, 11 Ausgaben im Jahr
erscheint in Deutsch, Englisch und Französisch
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brüssel
Tel: +32/2/235 05 10, Fax: +32/2/230 33 34
e-mail: europeinfos@comece.eu

Herausgeber: Fr Olivier Poquillon OP
Chefredakteure: Johanna Touzel und Martin Maier SJ

Hinweis: Die in europeinfos veröffentlichten Artikel geben die Meinung der Autoren wieder und stellen nicht unbedingt die Meinung der COMECE und des Jesuit European Office dar.
Darstellung:
http://www.europe-infos.eu/