Monday 22. July 2019
#218 - Septembre 2018

Le rêve d’un campus européen

Construire l’Europe par l’éducation est l’une des principales propositions avancées par le Président français Emmanuel Macron dans l’un des discours les plus pro-européens que l’on ait entendus de la bouche d’un dirigeant européen depuis des années.

A La Sorbonne, le Président E. Macron a présenté ses perspectives à l’automne de l’année dernière pour regagner le soutien des citoyens mécontents, faire sortir l’Union européenne de l’impasse et promouvoir une plus grande intégration. Mais l’un de ses appels à l'action a marqué les esprits en raison de son concept audacieux d’unité de l'Europe : la création d’un réseau d’universités européennes.

 

Cette proposition n'a rien de trivial ni de fortuit. Au beau milieu de la crise la plus profonde que l’Union européenne ait connue, Macron a attiré l’attention sur un pilier du changement dans la société : l’éducation. Il a suggéré de créer un réseau d’universités dans toute l’Europe, qui comporterait des programmes encourageant les étudiants à aller étudier à l’étranger et à suivre des cours dans au moins deux langues. L’objectif est de créer 20 “Universités européennes” délivrant des diplômes européens d’ici 2024.

 

Les premiers pas vers la réalisation d'Universités européennes

 

La concrétisation de la proposition ambitieuse d’Emmanuel Macron est déjà en cours. L’alliance “4EU” entre les universités de La Sorbonne, Heidelberg, Varsovie et Prague (Université Charles) est la première de plusieurs accords transfrontières qui sont prévus pour renforcer la collaboration en matière de recherche, d’infrastructures, de mobilité des étudiants et de curriculums universitaires. Le Conseil européen s’est également montré favorable à l’initiative de Macron dans ses conclusions de décembre 2017, décrivant la proposition comme un moyen décisif pour que les créatifs européens puissent coopérer en différentes langues, par-delà les frontières et les disciplines, en vue de relever les défis de la société européenne. En outre, pour affiner tous les aspects du concept de cette initiative, la Commission européenne consulte actuellement les différentes parties prenantes à tous les niveaux, des praticiens de la base aux ministres des gouvernements des Etats membres.

 

Il faut ajouter à ceci qu’en avril 2018, six universités européennes ont signé un accord à Bologne : KU Leuven (Belgique), Freie Universität Berlin (Allemagne), Università di Bologna (Italie), Uniwersytet Jagielloński w Krakowie (Pologne), Universidad Complutense de Madrid (Espagne), et Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (France). Cette alliance vise à encourager le développement structurel d’un Espace européen de l’enseignement supérieur et d’un Espace européen de la recherche et pourrait conduire en définitive à l'établissement d'une Université véritablement européenne.

 

Dans la continuité de projets similaires antérieurs

 

Toutefois, le projet de Macron n’est pas une nouveauté. Au Moyen-âge, il existait déjà un réseau européen d’universités catholiques, qui favorisait les échanges universitaires au niveau régional. Plus récemment, en 1988, 388 recteurs venant de toute l’Europe ont signé la Magna Carta Universitatum, qui affirmait déjà la nécessité de continuer à développer la triade tout à fait unique de l’étude, de l’enseignement et de la recherche que représentent les universités européennes depuis un millénaire.

 

De même, la Déclaration de Bologne de 1999 avait déjà proposé l’établissement d’un Espace européen de l’enseignement supérieur au sein duquel les étudiants et les diplômés universitaires pourraient circuler librement d’un pays à l’autre, étant donné que les diplômes obtenus dans un pays seraient acceptés pour entamer des études dans un autre pays. Pourquoi l’ambition de Macron en matière d’éducation a-t-elle donc ressurgi à ce moment précis ? La réponse pourrait résider dans l’élan renouvelé des universités comme gardiennes des valeurs européennes et terreau des talents de demain, les plaçant de ce fait parmi les acteurs clés pour faire face à la crise existentielle de l’Union européenne.

 

Et en effet, la création de ce réseau d’universités européennes fait avancer d’un pas le projet européen dans la mesure où elle vise à créer un “campus européen commun”, qui pourrait aider en fin de compte à construire des ponts et à combattre les ambitions nationalistes. L’initiative d’Emmanuel Macron pourrait donc être comprise comme une approche politique toute en douceur, reposant sur une culture commune, l’éducation et les expériences partagées, avec toujours comme axe central le multilinguisme.

 

Les obstacles sur le chemin du campus européen

 

Mais, comme le dit le proverbe, tout ce qui brille n’est pas de l’or. La proposition de Macron est également remplie de questions en suspens. La plus importante est probablement ce que sera la valeur ajoutée du projet par rapport à des mécanismes existants comme Erasmus+. Un autre élément important est l’engagement des Etats membres. Les différences entre les pays sont considérables et pourraient constituer des défis de taille en ce qui concerne la mise en œuvre de la proposition et la création d’un “campus européen”. Etant donné que la déclaration de Bologne laisse à chaque pays la responsabilité de définir la formule exacte de son enseignement supérieur (3 ans de baccalauréat + 1 an de master au Royaume-Uni, 3+2 ou 4+1 dans la plupart des pays de l’Union européenne), comment l’idée de Macron va-t-elle pouvoir résoudre le problèmes des structures différentes des systèmes européens d’enseignement supérieur ?

 

Une autre grande source de préoccupation concerne la faisabilité de ce projet: les Etats membres sont-ils prêts à réduire les procédures bureaucratiques en matière de mobilité, garantissant ainsi une plus grande complémentarité des réglementations nationales ? Enfin, le Brexit pourrait également poser problème car si on laisse des universités britanniques telles qu’Oxford en dehors du projet, cette initiative initialement prometteuse pourrait aboutir à un échec.

 

La proposition d’Emmanuel Macron comporte à la fois des lueurs d’espoir et des questions non résolues. Même si le projet semble prometteur, il reste des questions importantes à régler si cette initiative veut vraiment concrétiser l'ambition de favoriser un niveau d’échange bien plus important entre les étudiants et les chercheurs sur tout le continent européen. Le temps et la bonne volonté des parties prenantes permettront de dire si cette proposition sera un succès ou si elle rejoindra le flot d’initiatives européennes initialement bien intentionnées.

 

Javier Martín Merchán et María Verdugo Martín

JESC

Nous voudrions remercier Drs. Miro Haček et Simona Kukovič (qui travaillent dans le cadre du Programme européen de leadership du JESC) pour leurs commentaires utiles au sujet de la version précédente de ce texte.

 

Version originale de l’article : anglais

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