Monday 20. May 2019
#205 - juin 2017

L’avenir européen de la France

C’est au son de l’Hymne européen que le président nouvellement élu Emmanuel Macron a traversé la cour du Louvre sous les yeux de ses partisans. A Bruxelles, cette élection a été accueilie avec soulagement.

Emmanuel Macron, France's independent presidential candidate, waves while speaking to supporters after the first round of the French presidential election in Paris on April 23, 2017. MUST CREDIT: Bloomberg photo by Christophe Morin.

L’élection présidentielle française du 7 mai a été également perçue comme cruciale pour l’Union européenne. Marine Le Pen, la candidate du parti d’extrême-droite Front National, voulait une sortie de la France hors de l’UE, et Bruxelles a retenu son souffle. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, s’est montré «heureux que les Français aient choisi un avenir européen». Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, s’est félicité de la victoire d’Emmanuel Macron, estimant  que les Français s’étaient ainsi «prononcés contre le populisme, contre la sortie de la France de l’Union européenne et pour une Europe meilleure». Quant au président du Conseil, Donald Tusk, il a souhaité beaucoup de succès au nouveau président en ajoutant: «La France est essentielle pour l’Europe, tout comme l’Europe l’est pour la France.»

 

Toutefois, on peut également observer l’élection française sous un angle différent. Les plus de 10 millions d’électeurs qui ont voté en faveur de Marine Le Pen, l’ont fait contre l’UE. À ceux-là s’ajoutent les 4 millions d’électeurs qui ont voté blanc ou nul. Si l’on additionne les pourcentages de voix obtenus par les huit candidats du premier tour critiques à l’égard de l’UE, on obtient 49,6%. Ni cet euroscepticisme, ni le populisme et le nationalisme qui lui sont concomitants, n’ont disparu avec l’élection d’Emmanuel Macron.

 

On a attribué une grande importance au suffrage des catholiques dans le résultat de ces élections. Ils constituent en effet 61% de la population. Selon un sondage du quotidien «Le Monde», 44% des électeurs catholiques du premier tour ont voté pour le candidat conservateur François Fillon. Contrairement à 2002, lors du second tour entre Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac, la Conférence des évêques de France n’a pas souhaité prendre directement parti pour un candidat. Les évêques ont néanmoins rendu public, le 23 avril, un ensemble de critères pour l’élection. Une importance particulière y a été accordée à l’accueil des migrants et à l’adhésion au projet européen. Avec l’encyclique «Laudato si’» du Pape François, les évêques ont rappelé que nous avons également une responsabilité envers les générations à venir sur le plan écologique. Ce thème n’a pratiquement pas été évoqué pendant la campagne électorale.

 

Il est ressorti d’un sondage du quotidien «La Croix», au lendemain des élections, que 71 % des pratiquants catholiques réguliers ont voté pour Emmanuel Macron. lequel a recueilli davantage de suffrages avec 92% des voix provenant uniquement des électeurs de confession musulmane. Cependant, le sondage a également indiqué de fortes différences au sein de l’électorat catholique. Si 29% des pratiquants réguliers ont voté Front National, le pourcentage grimpe à 46% chez les catholiques pratiquants occasionnels. Le taux de participation a été de 80% chez les catholiques et de 76% chez les protestants, supérieur en cela à la moyenne d’ensemble de 65%.

 

Emmanuel Macron a prouvé qu’on pouvait remporter des élections avec un programme résolument proeuropéen. Il plaide à moyen terme pour la nomination d’ un ministre des finances de la zone euro, un budget de la zone euro, des normes sociales minimales dans l’UE et des obligations communes des pays utilisant l’euro, dont tous les pays de la zone euro répondraientont aussi en commun. Mais ces propositions de réforme se sont rapidement heurtées à des échos critiques provenant principalement de Berlin.

 

L’article de Monique Baujard paru dans ce numéro d’Europe-infos se fait l’écho du principe, important pour le Pape François, selon lequel le tout est plus que la partie, et plus aussi que la simple somme des parties. Appliqué à l’Europe, cela signifie que celle-ci est plus que les pays et les peuples qui la composent. Redécouvrir cette «valeur ajoutée» que représente l’Europe est à la fois un devoir et une chance. Le président Macron en a rendu compte de façon symbolique en faisant résonner l’Hymne européen avant La Marseillaise lors de la célébration de sa victoire.

 

Martin Maier SJ

 JESC

 

Version originale de l’article: allemand

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