Samstag 17. November 2018
#217 - Juillet-aout 2018

L’Autriche et l’Union européenne

Dans le cadre de la présidence du Conseil de l’UE, les évêques autrichiens, présidés par le Cardinal Christoph Schönborn, se sont exprimés sur les défis rencontrés par l’Union Européenne et auxquels l’Autriche sera confrontée pendant les six prochains mois. Leur réflexion est publiée dans la déclaration de clôture de leur Assemblée plénière  datée du 13 juin 2018.

Vorstellung des nachsynodalen Schreibens von Papst Franziskus über Ehe und Familie 'Amoris Laetitia', 'Freude der Liebe', am 8. April 2016 im Vatikan. Bild: Wiener Kardinal Christoph Schönborn.

L’Autriche prendra la présidence tournante du Conseil de l’Union Européenne à partir du 1er juillet 2018. Nombreux sont ceux qui se sentent actuellement menacés par des développements et bouleversements qui touchent le monde entier. Pensons par exemple au changement climatique, que l’on ne peut plus nier, ou encore à la révolution structurelle que l’on observe dans le monde du travail, à l’accroissement des inégalités sociales ou au vieillissement démographique en Europe. Beaucoup de citoyens ont peur d’un déclassement social et attendent que leurs représentants politiques les protègent et les sécurisent suffisamment.

 

Dans ce contexte, le gouvernement fédéral autrichien a placé sa présidence du Conseil sous la devise « Une Europe qui protège ». Ce sera aux responsables politiques de faire en sorte que cette devise permette aux forces politiques et sociales d’atténuer ces peurs et de résoudre les problèmes à venir.

 

Certes, le développement et la transformation économique de l’Union européenne sont importants, mais une « Europe qui protège » se doit de mettre en avant sa dimension sociale. Il s’agit donc de bien préparer les jeunes face à un marché du travail en pleine évolution, de donner accès à des conditions de travail justes et dignes ainsi qu’à un salaire décent, à une couverture sociale en cas de maladie et de chômage mais aussi à une retraite suffisante. Aujourd’hui encore, certaines régions et populations sont touchées par une pauvreté flagrante, et ce au sein même de l’UE. Les programmes de soutien européens peuvent aider à endiguer la migration causée par la pauvreté, à interdire la traite des êtres humains et à permettre de mener une vie plus digne.

 

« Une Europe qui protège » n’est cependant pas seulement valable pour celles et ceux qui vivent dans l’UE, mais aussi pour toutes les personnes poursuivies ou dont la vie est en danger et qui viennent chercher refuge en UE. Protéger, cela ne signifie pas seulement accueillir ces personnes dans les Etats membres de l’Union Européenne et vérifier consciencieusement leur demande d’asile, mais avant tout intégrer celles et ceux qui ont déjà le statut de réfugié. Leur intégration doit commencer dès le premier jour et leur permettre de pouvoir faire partie de la société. Je remercie tous ceux qui s’engagent pour que cela soit possible et qui rendent ainsi un service à la communauté. J’attends de la présidence autrichienne du Conseil qu’elle propose une avancée concrète vers un régime d’asile commun de l’UE. Nous avons besoin d’une stratégie politique conséquente pour régler les nombreux conflits régionaux qui sont la première cause des mouvements migratoires. Il faut des mesures visant à réduire les injustices économiques qui laissent des Etats entiers en proie à la paupérisation. Nous devons accroître considérablement nos efforts pour que ceux qui ne vivent pas en Europe aient la possibilité de prendre eux-mêmes leur vie en main. L’avenir de l’Europe ne se décide pas sur les voies de transit des exilés mais dans les camps de réfugiés du Proche-Orient et dans les régions en crise de l’Afrique.

 

Le plus grand défi actuel pour la politique européenne est assurément l’aboutissement des négociations concernant la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Il faudra faire en sorte d’éviter d’offenser collectivement les populations et de concevoir les nouvelles conditions d’un vivre-ensemble. Même si le Royaume-Uni ne souhaite plus être membre de l’UE, elle reste un élément important et inséparable de l’Europe.

 

La discussion autour du financement et d’une nouvelle répartition des compétences entre l’Union Européenne et ses Etats membres est étroitement liée à la question de la sortie du Royaume-Uni. La présidence autrichienne du Conseil devra mener ce débat au regard de la « subsidiarité », un principe de la doctrine sociale de l’Eglise. Au niveau de l’Union européenne, cela signifie qu’il faut vérifier quelles compétences doivent être attribuées aux Etats membres et lesquelles seraient plus judicieusement octroyées aux institutions de l’Union européenne. Par ailleurs, la réforme de l’Union Européenne doit prendre en compte un second principe, chrétien lui aussi : celui de la solidarité. L’Union européenne a toujours été une communauté de solidarité dont le but est de réduire les écarts sociaux et économiques entre ses Etats membres et entre ses régions afin de renforcer la stabilité sociale de l’Europe. Une « Union européenne dégraissée et moins chère » pourrait mettre cet acquis en danger.

 

L’Autriche a déclaré vouloir mettre l’accent sur la stabilité dans les pays riverains et en particulier dans les Balkans occidentaux, c’est-à-dire en ex-Yougoslavie. Les évêques autrichiens, qui ont rencontré à Sarajevo les évêques de Bosnie-Herzégovine lors de leur dernière Assemblée plénière, partagent ce vœu exprimé par le gouvernement. Pour de nombreux citoyens, la future adhésion de leurs pays représente une réelle perspective d’espoir de pouvoir vivre ensemble dans la paix. Il faut entreprendre encore plus d’efforts au niveau politique, économique et culturel afin de rapprocher ces pays de l’Union Européenne.

 

Les Chrétiens sont appelés à participer au « chantier de l’Europe » en suivant les préceptes de l’Evangile. Cette expression choisie par les évêques autrichiens avant le référendum sur l’adhésion de l’Autriche à l’UE il y a 24 ans reste d’une actualité brûlante. Cet engagement se doit d’être soutenu et accompagné par la « Prière pour l’Europe » qui nous vient du cardinal Carlo Maria Martini (1927-2012) et que je tiens à rappeler aux croyants en cette période où l’Autriche va prendre la présidence du Conseil.

 

+ Cardinal Christoph Schönborn

Archevêque de Vienne

 

Version originale de l’article : allemand

 

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