Monday 22. July 2019
#205 - juin 2017

La non-violence comme style de politique pour la paix et pour l'Union européenne

Comment l'Union européenne peut-elle contribuer de façon plus proactive à l'élaboration de stratégies politiques non-violentes ? Cela peut-il   aider à forger un style politique alternatif pour répondre   aux conflits et à la violence?

Dans son Message pour la Journée mondiale de la Paix 2017: «La non-violence,style d’une politique pour la paix", le pape François invite la communauté internationale à faire un meilleur usage des stratégies non-violentes. Le 21 avril dernier, Pax Christi International a organisé dans ses locaux de Bruxelles une table ronde très animée autour de ce Message.  L’association estime que l'Union européenne a un rôle important à jouer en la matière, avec ses Etats membres, puisqu'elle a employé et soutenu financièrement un large éventail d'instruments d'aide extérieure pour la prévention des conflits violents et la construction de la paix.

 

Pat Gaffney, Secrétaire Général de Pax Christi UK, était le modérateur de la table ronde, qui comptait Marie Dennis, co-Présidente de Pax Christi International parmi les intervenants; mais également Sr Teresia Wamuyu Wachira, de l'Institut de Notre-Dame-de-Lorette, professeur à l'Université St Paul de Nairobi et membre du comité directeur de Pax Christi International; Canan Gündüz, conseillère en médiation au Service européen d'action extérieure (SEAE); et Joachim Koops, doyen du Collège Vésale, de l'Université libre de Bruxelles (VUB), et directeur de l'Institut de gouvernance mondiale GGI (Global Governance Institute). Les intervenants représentaient donc des milieux très divers (communautés de base, monde politique, recherche), et ont pu échanger autour du potentiel de l'usage d'outils et de stratégies  non-violents pour résoudre les   conflits. Ils ont également identifié les défis auxquels les stratégies non-violentes sont confrontées. La seconde partie des débats s'est concentrée sur leur lien avec les politiques de l'Union européenne.

 

La non-violence : un moyen plus sûr de garantir la paix

Dans son introduction, Mme Gaffney a rappelé que Pax Christi International était une organisation issue de l'expérience de la guerre en Europe; «Nous avons donc un lien et un engagement vis-à-vis de l'Union européenne» a-t-elle ajouté. Elle a mentionné la Conférence de la non-violence et de la paix juste qui s'est tenue en 2016, lorsqu'a été lancée l'Initiative catholique de la non-violence. Mme Gaffney a également fait remarquer que le fruit de cette conférence était le message de la Journée mondiale de la paix 2017, qui reconnaît que la non-violence est en lien avec la politique, l'économie, la culture, le dialogue et le travail de plaidoyer.

 

De son côté, Mme Dennis a dit de l'Union européenne qu'elle était créative et courageuse, tout en faisant observer que Pax Christi International «estime que beaucoup plus d’énergie créatrice et de ressources orientées vers des  méthodes pacifiques sont absolument nécessaires pour relever les énormes défis auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui». Elle a fait part des conclusions d'Erica Chenoweth et de Maria Stephan, dont l'ouvrage Why civil resistance works («La résistance civile, ça marche!») démontre, solides données empiriques à l’appui, que la non-violence active aboutit à des résultats bien plus concluants que les conflits armés. Mme Dennis a également souligné qu’investir dans les organisations de la société civile enracinées dans les communautés locales est une démarche fructueuse pour éviter la violence. Elle a cependant reconnu que les concepts de «communauté de base» et de «société civile» devaient être définis en fonction de leur contexte spécifique.

 

Se former à la non-violence, une nécessité

Sr. Wachira a présenté les approches africaines populaires à l'égard de la non-violence. Elle a traité des façons traditionnelles de se réconcilier et de "rendre la justice". Ces moyens sont réparateurs plutôt qu’accusatoires  et sont axés sur la reconstruction des relations au sens d'une réconciliation de personne à personne. Sr. Wachira a expliqué la philosophie de l'ubuntu: "Je suis parce que nous sommes". Pour ce qui est de l'Union européenne et de son apport possible, elle a indiqué qu'il était important de soutenir les recherches universitaires - où peuvent «se former les formateurs» - tout en apportant un soutien financier aux efforts des communautés de base. En effet, «C'est là que se trouvent les solutions».

 

Les questions et les commentaires de l'assistance ont alors porté sur  la définition de la violence (tant physique que spirituelle), la nécessité cruciale d'avoir une société civile forte et l'exigence de voir les communautés de base et les décideurs travailler main dans la main.

 

Enfin, Mme Gündüz s’est exprimée du point de vue du Service européen d’action extérieure. Elle a rappelé que l'Union européenne était elle-même un exemple institutionnel de non-violence. «Ce qui a l'air d'être un projet bureaucratique est en réalité un projet de non-violence et on trouve des références à la non-violence dans les Traités de l'Union européenne, dont découlent toutes sortes d'engagements sur le plan politique». Mme Gündüz a mentionné plusieurs exemples de déclarations européennes contenant d'importants éléments de non-violence, notamment les déclarations récentes sur la Syrie et le Yémen. Elle a également mis l'accent sur l'engagement de l'Union vis-à-vis de la médiation, et ce à tous les niveaux. Enfin, elle a fait remarquer que l'Union européenne était un allié international de la non-violence, tout en soulignant qu’il s’agissait d’affronter les défis qu’elle comporte et les limites qui lui sont propres.

 

L'Union européenne et la prévention des conflits

Comme le professeur Koops l’a souligné,  l'Union européenne considère la prévention des conflits comme une priorité. Celle-ci est maintenant à l'ordre du jour de toute organisation et de tout gouvernement, et nous avons pu en constater les succès diplomatiques. Il a rappelé que l'Union se concentre sur une approche globale et intégrée et que le recours à l'outil militaire s'inscrit dans le cadre d'un « éventail complet d'outils», à employer «avec sagesse». Toutefois,  la «responsabilité de protéger»  implique l'existence d'une responsabilité de prévenir et d'une responsabilité de reconstruire. Le professeur Koops a également fait observer que la prévention des conflits et l'établissement de la paix étaient largement sous-financés, en comparaison avec le financement accordé au volet militaire. 

 

Enfin, c’est le rôle de l'Union européenne dans la fourniture des armes à d'autres parties qui a été débattu lors de la table-ronde: «Comment pouvons-nous neutraliser les intérêts financiers qu'ont les Etats membres de l'Union en matière d'armement?» «Eduquer les gens à regarder la réalité en face»,  traiter la violence à la fois structurelle et  économique, et  déterminer comment mobiliser l'attention sur les conflits actuels pour être plus opérationnel : autant d’autres questions cruciales encore.

Judy Coode,

Coordinateur de Projets, Catholic Nonviolence Initiative,

et Alice Kooij Martinez, Agent principal de défense des droits,

Pax Christi International

 

Version originale de l’article : anglais/ allemand

 

Les opinions exprimées dans Europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
http://europe-infos.eu/