Samstag 17. November 2018
#217 - Juillet-aout 2018

Jean-Sébastien Bach – un compositeur européen

La musique est un élément central de la culture européenne. Dans la série d’articles consacrés à l’Année européenne du patrimoine culturel, le musicologue et théologien Meinrad Walter se penche sur Bach et nous le présente en tant que compositeur européen.

Il a rarement voyagé. Ni en Italie, ni en France. Cela n’empêche pas Jean-Sébastien Bach, cantor de l’église Saint-Thomas de Leipzig, de connaître les différents styles musicaux des pays européens sur le bout des doigts. Il les entend dans de nombreuses œuvres et les étudie en détail. Il arrive notamment à les faire dialoguer et à les incorporer, pour ainsi dire, dans son propre style.

 

Peu de voyages mais beaucoup de contacts internationaux

 

Bach quittait rarement sa propre région. Mais son intérêt pour tout ce qui pouvait émettre un son ne s’arrêtait pas aux frontières, quelles soient confessionnelles ou géographiques. Ce sont sans doute ses professeurs qui lui firent découvrir des styles venus d’ailleurs pour la première fois, et ce dans le domaine des instruments à clavier. Dans sa jeunesse, il s’était toutefois aventuré à pied jusqu’à Lübeck, au Nord de l’Allemagne. Ce long périple, pour lui qui venait du centre de l’Allemagne, lui permit de suivre pendant plusieurs mois l’enseignement, sous forme de cours particuliers, du célèbre Dietrich Buxtehude. Il avait également candidaté à Hambourg au début de sa carrière, mais ne fut pas retenu. Son séjour de plusieurs mois passé en Bohême à Carlsbad avec son employeur le prince Léopold d’Anhalt-Köthen au début de l’été 1720 s’acheva de façon dramatique. En effet, Bach apprit à son retour que sa femme Maria Barbara était décédée pendant son absence.

 

Bach s’est encore moins aventuré vers le sud, si ce n’est pour un voyage entrepris avec sa seconde femme Anna Magdalena pour aller réceptionner l’orgue de l’église Saint-Martin à Kassel en 1732. On lui remit 26 Reichstaler, la monnaie de l’époque, en guise de frais de déplacement, ce qui représentait alors une somme non négligeable. Plus tard, ses voyages pour rendre visite à Frédérique le Grand à Berlin et Potsdam furent même relatés par des journaux d’autres régions.

 

Quoiqu’il en soit, on voit bien que ce compositeur n’était pas un voyageur dans l’âme. Son contemporain Georg Friedrich Händel voyagea quant à lui beaucoup plus souvent. Il organisait des sélections de chanteurs en Italie et s’installa même dans la métropole londonienne. Bach et Händel ont essayé plusieurs fois de se rencontrer sans succès. Peut-être justement à cause de l’aversion que Bach éprouvait pour les voyages ?

 

Traditions et innovations européennes

 

Pourtant, ce désintérêt pour le voyage ne l’empêche pas de se passionner pour les « paysages musicaux » caractéristiques de l’Europe, dans toutes leurs traditions et innovations. En tant qu’organiste de la cour de Weimar, Bach reprend des compositions pour orgue de France et d’Italie pour bien s’approprier ces styles. Lui aussi succombe à la « fièvre de Vivaldi » qui sévissait à l’époque. Le duc dont il est au service lui rapporte d’Amsterdam, qui était alors une plaque tournante de partitions de premier choix, les toutes dernières compositions orchestrales du prêtre vénitien à la chevelure rousse et Bach les arrange pour les jouer à l’orgue. Il voyage ensuite de Leipzig vers Dresde à plusieurs reprises afin d’y étudier, à la cour catholique, la polyphonie vocale traditionnelle selon le modèle de Palestrina. Cet enseignement lui est fort utile pour composer sa « Grande messe catholique en si mineur ». Dans ses dernières années, pour cultiver ses contacts internationaux, Bach fut membre de la « Société des sciences musicales », dont le compositeur et moine bénédiction de Souabe Meinrad Spiess fit également partie.

 

Concerto italien et ouverture française

 

À lire les titres des œuvres et des mouvements de Bach, on comprend qu’il ne se contente par de copier les styles nationaux mais qu’il se les approprie vraiment en les incorporant à son propre style. Il intitula sa fantaisie en sol majeur (BWV 572) « Pièce d’Orgue » (en français dans le texte) et son mouvement fut également décrit en français de la manière suivante « Très vitement, gravement, lentement ». Dans la seconde partie de ses « Exercices pour clavier » (Clavierübung), on retrouve le « Concerto italien » et l’« Ouverture française ». Bach y montre à quel point il maîtrise les grands styles européens nationaux tout en arrivant à les faire dialoguer pour en faire apparaître les différences.

 

L’opposition se constate déjà dans le choix des tonalités puisque le fa majeur du Concerto italien est en parfaite tension harmonieuse avec l’Ouverture française en si mineur. Le Concerto tend à faire résonner le timbre orchestral sur les touches du clavecin. Il a par ailleurs une touche galante, une mélodie limpide et une harmonie claire. L’Ouverture, quant à elle, s’inspire de certains styles typiquement français puisqu’elle est une grande suite de mouvements. Cependant, Bach y limite le niveau de difficulté afin de pouvoir toucher aussi bien les connaisseurs experts que les amateurs. Les plaisirs de l’âme (« Gemüts-Ergötzung ») que ces deux œuvres avaient pour but de susciter lui tenaient à cœur, comme on peut le lire sur la couverture des partitions.

 

Pour Bach, la musique a toujours été la langue de la foi. Aujourd’hui, dans une Europe de plus en plus sécularisée, sa musique religieuse permet de conserver et de transmettre l’héritage chrétien. C’est pourquoi le surnom de « Cinquième évangéliste » que lui a attribué Albert Schweitzer retrouve une nouvelle actualité.

 

Meinrad Walter

Professeur honoraire à l’École Supérieure de Musique de Fribourg (Allemagne)

 

 

Version originale de l’article : allemand

 

 

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