Samstag 17. November 2018
#155 - décembre 2012

 

La crise comme opportunité pour un nécessaire approfondissement de l'Europe

 

la peur rend réceptif aux chants des sirènes populistes, elle rend aveugle aux conséquences possibles du populisme et du nationalisme dont les solutions face à la crise semblent se situer dans la confrontation plutôt que dans la coopération.

 

Celui qui tente aujourd'hui de bien suivre le débat européen peut, vu l'abondance des propositions, facilement avoir le vertige. À côté de la création de filets de sécurité et de plans de sauvetage pour les États membres connaissant des difficultés financières, la mise en place du Mécanisme européen de stabilité (MES), approuvé par la Cour constitutionnelle allemande, a également apporté un peu de sérénité. Néanmoins, la crainte demeure que cet engagement puisse être insuffisant ou arriver trop tard pour éviter la catastrophe de l'effondrement.

 

Certes, il est toujours nécessaire de faire des économies afin d'assainir le budget des États membres, mais il est en même temps clair que l'« austérité » seule ne peut générer la croissance nécessaire pour sortir de la crise. On éprouve une réelle compassion pour les politiciens dont la marge de manœuvre pour prendre une décision est très faible. Le « tir de dégagement», comme en football, semble également impossible : presque chaque entretien avec des politiciens fait apparaître l’épée de Damoclès suspendue au dessus de leurs têtes : le choix des électeurs qui attendent des « résultats concrets ». D’où le Mantra sans cesse récité « des emplois, des emplois, des emplois » ou « de la croissance, de la croissance, de la croissance » - où bien souvent on fait l’impasse sur la méthode et les moyens concrets.

 

La production de littérature européenne des semaines et des mois passés peut tout autant donner le vertige. D’abord, « La constitution de l'Europe » de Juergen Habermas, puis l'écrit polémique de Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt, « Debout l'Europe », ou le livre « De la démocratie en Europe » de Sylvie Goulard et Mario Monti, ainsi que « Le messager de l’Europe» de Robert Menasse, et beaucoup d'autres, tous - qu'ils soient Premier ministre, député européen, ancien premier ministre, philosophe ou écrivain - font la même constatation : la crise doit être vue comme l'opportunité pour un nécessaire approfondissement de l'Europe. Cependant, ils ne fournissent aucune réponse à la question cruciale de savoir comment expliquer concrètement au « citoyen » (qui risque de devenir le nouveau « fantôme errant à travers l'Europe ») les prochaines étapes vers une politique fiscale européenne commune, un contrôle plus strict du budget, et enfin vers une Europe fédérale, et comment les rendre plus attrayantes. Vu les angoisses existentielles concrètes de beaucoup de gens, l’aversion du citoyen pour les « visions » et les « idées » est compréhensible - mais si la peur rend réceptif aux chants des sirènes des populistes, elle rend aveugle aux conséquences possibles du populisme et du nationalisme dont les solutions face à la crise semblent se situer dans la confrontation plutôt que dans la coopération.

 

La COMECE doit, elle aussi, se pencher sur toutes ces questions pressantes soulevées par le peuple et la politique, même si elle ne peut proposer de « réponses toutes faites» à bon nombre de questions. Contrairement aux élus, elle aurait toutefois le temps de se consacrer – aux côtés des autres bureaux d’organisations d’Eglise en Europe - de Caritas, de la CIDSE, des Jésuites, des Dominicains - et peut-être aussi avec d'autres « laboratoires d'idées » - à des questions plus poussées liées à l'approfondissement de l'Union européenne. Malgré sa propre crise interne, l'Eglise devrait aussi essayer de rendre le projet d'intégration européenne plus palpable, afin qu’il ne demeure pas seulement le projet d'une élite pro-européenne, mais plutôt qu’il puisse être compris par les « gens ordinaires » comme un projet mis en place dans leur propre intérêt.

 

L'assemblée plénière de la conférence épiscopale autrichienne qui, en se tenant début novembre à Bruxelles, s’est voulue un « signe de solidarité avec le projet européen », ainsi que la dernière assemblée plénière de la COMECE du 21 au 23 novembre, qui avait pour thème les ajustements et changements internes nécessaires afin de mieux relever les défis posés par l’Europe, sont certainement un nouveau pas vers une plus grande prise de conscience de la responsabilité sociopolitique de l'Église, dans l'esprit du Concile Vatican II qui s’est ouvert il y a 50 ans.

 

II convient ici de remercier Mgr Piotr Mazurkiewicz qui, en tant que Secrétaire général de la COMECE depuis 4 ans, et en tant que co-éditeur, a écrit de nombreux éditoriaux pour Europeinfos. Patrick Daly, prêtre de l'archevêché de Birmingham, lui succèdera en février 2013 en tant que nouveau Secrétaire général de la COMECE.

 

Michael Kuhn

Secrétaire général par intérim de la COMECE

 

Version originale de l’article: allemand

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