Thursday 19. September 2019

La politique climatique européenne : entre ambition et déception

Edmond Grace, secrétaire du JESC pour l'écologie et la justice, donne un aperçu des réalisations et des défis de la politique européenne en matière de climat.

 

Les nouvelles qui se rapportent au changement climatique ne sont pas toutes mauvaises. L'Union européenne est en bonne voie d'atteindre son objectif de 20% de réduction des émissions pour la période 1990-2017, alors que la croissance de l'économie a été de 28% au cours de la même période. Le principal moteur de réduction des émissions est l'innovation, notamment les progrès en matière d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique. Toutes ces informations se trouvent sur le site web officiel de l'Union européenne (www.europa.eu), qui nous indique aussi que l'objectif à l’horizon 2020 exclut les émissions provenant du secteur agricole mais inclut celles de l'aviation internationale. Rien n'est tout à fait simple dans ce domaine de l'action climatique et certains affirment que ces objectifs ne sont pas suffisamment ambitieux.

 

Différences entre le Protocole de Kyoto et les objectifs 2020

La Commission européenne relie cette évolution aux objectifs établis par le Protocole de Kyoto, qui s’inscrit dans le processus de la COP, c’est-à-dire de la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur le changement climatique, adoptée pour la première fois en 1992. Le Protocole de Kyoto a été adopté en 1997 et il est entré en vigueur en 2005. Ce Protocole exige de rendre compte annuellement des émissions de sept "gaz à effet de serre" ainsi que des mesures prises pour les réduire. La première période d’engagement va de 2008 à 2012. Nous arrivons actuellement à la fin de la deuxième période d’engagement, qui a commencé en 2013.

 

Le site Europa nous informe que "les objectifs de Kyoto sont différents de ceux que l’Union européenne s’est fixés pour 2020", sans nous dire les raisons de cette différence. Pourquoi, par exemple, les objectifs de Kyoto concernent-ils l’utilisation des terres mais pas l’aviation internationale, alors que les objectifs européens concernent l’aviation internationale mais pas l’utilisation des terres ? Ces différences n’ont rien de fortuit. Elles ont une importance considérable dans le rôle constant des puissants intérêts particuliers au niveau de l’élaboration de la politique sur l’action climatique.

 

Le cadre de l’Union européenne en matière d’énergie et de climat à l’horizon 2030 est en place depuis 2014 et, comme pour les objectifs 2020, il repose sur le processus de Kyoto. Il s’agit de s’engager à réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre, accroître la part des énergies renouvelables pour qu’elle atteigne 32% et accroître d’au moins 23,5% l’efficacité énergétique. Ce plan permet une révision à la hausse de ces objectifs en 2023, même si l’année dernière, dans la période de préparation à la conférence de Katowice, Miguel Arias Cañete, Commissaire européen à l’énergie et à l’action pour le climat, se disait sûr que la réduction des émissions atteindrait 45% d’ici 2030. Il a suggéré de prendre ce chiffre comme nouvel objectif.

 

De puissants intérêts particuliers

Quatorze Etats membres de l’Union européenne, dont la France et l’Allemagne, avaient demandé l’adoption de cet objectif et certains d’entre eux voulaient même qu’il s’élève à 55%. Mais au dernier moment, Angela Merkel qui était réticente après avoir rencontré la Fédération des Industries allemandes a exprimé son opposition à définir des "objectifs toujours plus ambitieux". La Pologne et d’autres Etats européens de l’est étaient déjà de cet avis et c’est ce qui a prévalu grâce à l’appui de Merkel.

 

Dans toute discussion sur la politique en matière de changement climatique, il est facile de se perdre dans l’une ou l’autre direction, voire dans les deux à la fois ! Premièrement, l’extrême complexité de certaines dispositions est telle que peu de personnes sont en mesure de les comprendre dans le détail, hormis un groupe choisi d’experts techniques. Deuxièmement, les puissants intérêts particuliers qui sont rangés en ordre de bataille sur ce terrain sont les mieux placés pour employer les meilleurs experts et s’en servir pour accroître encore la complexité des problèmes.

 

Avec la politique climatique, il n’existe pas de solution simple – de remède miracle – et si l’on peut retenir quelque chose des événements de l’année dernière, c’est que des dispositions bien intentionnées peuvent produire des résultats décourageants. Le phénomène des gilets jaunes traduit un sentiment légitime de rancœur et d’injustice de la part de ceux qui sont laissés pour compte par la classe dominante néolibérale de ces dernières décennies, mais il alimente aussi un narratif politique où les gouvernés sont considérés comme les victimes des gouvernants.

 

Le soin de notre maison commune

Le défi des prochaines élections est de trouver des représentants politiques qui soient capables d’imaginer un avenir où l’humanité aura triomphé des dangers qui nous menacent actuellement et où nous partagerons une maison commune et pourrons bénéficier d’un air pur, d’une eau fraîche et propre et d’une terre saine et fertile. C’est une vraie gageure pour cette génération de politiciens mais ils devront apprendre à faire jouer la corde sensible, car la seule façon de résister au monde autocentré du populisme, c’est de générer de l’espoir.

 

La politique climatique pose un défi tout à fait unique, non seulement en ce qui concerne les tâches à effectuer mais aussi la manière dont cette problématique nous touche. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça peut être décourageant. Si nous ne réussissons pas à prendre du recul et à regarder avec simplicité cette planète que nous partageons tous, l’amour dont nous avons besoin pour en prendre soin va s’étioler. L’amour d’une seule personne, dans le contexte de cette réalité, peut sembler minime, mais cette individualité minime est la seule forme que prend l’amour humain sur cette planète. La vie elle-même ne peut pas exister en dehors des minimes petites cellules qui constituent tous les organismes sur terre. Si nous ne faisons pas l’expérience, jusqu’à un certain point, de cette alliance entre fragilité et puissance, tous les discours sur les politiciens, les politiques et les élections sont futiles. En d’autres termes, nous avons de l’espoir. C’est vital pour pouvoir se confronter honnêtement au côté sombre des choses et remettre en question ce que nous avons trouvé.

 

Edmond Grace SJ,

JESC

 

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