Thursday 19. September 2019

Pape François – Diriger, c’est servir

Depuis sa prise de fonction il y a cinq ans, il est de plus en plus évident que le Pape François dirige d’une manière atypique

Le théologien autrichien Peter Rosegger a analysé son style de gestion dans le mémoire de master qu’il a rédigé et publié dans le cadre de sa formation de MBA. Ses conclusions : ce style de gestion peut être bénéfique, et ce même et peut-être surtout pour tous ceux qui travaillent au service de l’Union européenne, qu’il s’agisse des fonctionnaires comme des responsables politiques.

 

Dans son article intitulé « Le traître », publié dans l’hebdomadaire hambourgeois « Die Zeit » le 8 mars 2018, Thomas Assheuer se penche sur le premier quinquennat du pontificat du Pape François. Le titre de sa contribution est une allusion à la thèse affirmant que le Pape François renie des éléments clés de la foi chrétienne tout en faisant des concessions pastorales inacceptables.

 

Loin de le renier en s’indignant, Thomas Assheuer attribue au Pape une « théologie du retrait »  :  « Ce Pape attend de l’Eglise quelque chose de très inhabituel, à savoir d’accepter son impuissance avec souveraineté, de renoncer à toute représentation majestueuse ainsi qu’à la vaine gloire cléricale. Ce n’est que par le geste pur, par la générosité, que l’Eglise doit se montrer au monde, car toute mise en scène de sa propre personne cache toujours un triomphalisme latent, un oubli de la Croix. » (p. 54)

 

A une époque où, face à un monde de plus en plus complexe dans lequel une non liberté aux accents chauvinistes est de plus en plus considérée comme une tendance chic et dans lequel un style de gouvernance post-idéologique est alors perçu comme un style intelligent et innovant, la manière qu’a le Pape François de diriger est plus qu’inhabituelle. La question du rapport entre une libéralité basée sur des principes et un populisme intolérant devient d’une actualité pressante. Cela explique d’ailleurs pourquoi « post-factuel » fut élu mot de l’année 2016 en Allemagne.

 

Dans notre société mondialisée d’aujourd’hui, les faits ne suffisent parfois plus à faire la lumière sur des intuitions émotives. Ils sont relativisés au profit d’un volontarisme brusque et sentimental puis transformés en faits alternatifs. L’Eglise catholique est elle aussi touchée par une dynamique de ce type. Ces faits renforcent, et ce souvent sous le couvert d’une « pastorale missionnaire », un certain catholicisme qui se veut bien-pensant. Cet isolationnisme, dont l’objectif est de durcir un milieu religieux, se dérobe devant une réelle confrontation avec le monde moderne. Ses zélateurs et zélatrices semblent ne pas la désirer ou ne pas en être capables.

 

Dans ce contexte, la Réalpolitique du Pape François, une méthode à courte vue et sans doute plus consolidante, semble être une exception bienfaisante et tend à servir l’Humanité. Ce n’est pas pour rien qu’il nous donne divers indices de confiance. Si l’on considère les valeurs que représente l’Eglise catholique, sa façon de diriger est intègre, authentique et tournée vers l’avenir.

 

Sa volonté de s’éloigner d’une logique du pouvoir insensible et de plaider pour l’humilité ne doit pas être interprétée comme une dépréciation de l’Eglise ou un retrait vers une zone plus confortable. Il s’agit en fait plutôt d’équilibrer proactivement les tensions en se basant sur un fondement stable et de ne pas reléguer des principes fondamentaux derrière des nécessités de court terme. Cet enracinement de l’Eglise et de la Terre dans quelque chose de plus grand, ainsi que l’utilisation plus efficace des ressources permettent d’ « initier des processus plutôt que de posséder des espaces. » (Evangelii Gaudium 223)

 

Cet aspect de sa gouvernance, qui sert l’intérêt général et non la gloire personnelle, et qui est en adéquation complète avec l’Evangile, est le cœur même de la « provocation » du Pape François. Il est également un élément crucial dans la logique de l’action de l’Eglise dont il a fait un des concepts principaux de son pontificat et de son exhortation Amoris Laetitia. Jésus Christ ne « s’est pas arrêté pour étudier la situation de manière théorique, Il n’a pas demandé à des experts s’ils étaient pour ou contre. Ce qui compte vraiment, à Ses yeux, c’est de s’approcher de ceux qui sont loin et de les sauver, comme le fit le Bon Pasteur qui laissa son troupeau pour aller récupérer la brebis égarée. A l’époque comme aujourd’hui, cette logique et cette attitude peuvent scandaliser. » (Le nom de Dieu est Miséricorde, p.88) 

C’est justement cette attitude d’engagement personnel unique pour ceux et celles qui sont dans la nécessité ainsi que le combat pour l’intérêt général global que le Pape attend des citoyens et citoyennes en Europe. Les responsables politiques, économiques et sociétaux peuvent prendre exemple sur le Pape qui montre que s’engager pour des principes, qui lui causeront des torts sur le long terme, est perçu comme un acte franc et courageux. Cela peut les aider à renoncer à annoncer des vérités apparemment provocantes et qui servent leurs propres intérêts. Ils peuvent par ailleurs ainsi reconnaître que la subsidiarité et le développement ne peuvent perdurer que s’ils répondent à des principes car la Réalpolitique post-idéologique n’a rien de réel ni de politique.

 

Troisièmement, le Pape François les fait ainsi réfléchir en faisant de l’apaisement de la détresse humaine un critère essentiel de l’action réussie. En plus de son humilité heureuse d’inspiration franciscaine et de sa sérénité enthousiasmante d’inspiration jésuite, ces provocations positives sont une source d’inspiration que donne son pontificat à tous nos contemporains et contemporaines : l’impuissance souveraine en tant qu’attitude guidant notre vie et nos principes.

 

Die offizielle Übersetzung habe ich online über googlebooks gefunden, leider ohne Seitenangabe. Falls sie die Möglichkeit haben, die französische Ausgabe zu sichten, wäre es gut, wenn sie die Seitenangabe prüfen. Danke!

 

Peter Rosegger

 

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