Thursday 19. September 2019

L’Europe à la veille des élections

Dans un entretien avec Bernd Hagenkord, Klaus Welle, Secrétaire général du Parlement européen, évoque les élections du Parlement européen qui auront lieu du 23 au 26 mai 2019.

 

Quels sont les principaux défis que l’UE doit relever en cette période préélectorale ?

Nous sommes tous conscients des altercations avec la Russie, des difficultés que traverse le monde musulman, de la nouvelle politique américaine envers l’Europe et le reste du monde. Nous devons affronter le Brexit, tout en sachant que l’entente européenne est la meilleure voie pour parvenir à gérer ces défis et continuer de vivre en bénéficiant du droit à l’autodétermination.

 

Si c’est le cas, pourquoi cette entente ne semble pas toujours perçue comme une solution ? Il y a en effet de plus en plus de citoyens qui désirent s’éloigner de l’esprit de communauté pour se rapprocher de l’esprit national, voire du nationalisme populiste. Si c’est dans le domaine du commun que se trouve notre avenir, pourquoi est-il si peu attractif ?

 

Ce n’est pas comme si nous n’avions jamais connu de difficultés par le passé. En fait, nous avons vécu un grand défi à chaque décennie. Dans les années 50, les allemands et les français durent s’entendre, ce qui n’allait pas de soi. Dans les années 60, Charles de Gaulle pratiquait la politique de la chaise vide, puis dans les années 70 on ne parlait plus que d’eurosclérose et dans les années 80, Margaret Thatcher exigeait d’être remboursée. Les années 90 furent marquées par l’introduction de l’euro qui fut accompagnée d’un fort scepticisme. Les années 2000 furent celles de la grande crise financière. Il y a donc toujours eu de grands défis à relever.

 

La question est plutôt de savoir si la génération actuelle est prête à renouveler cette coopération. Nous observons qu’il n’y a finalement pas de solution alternative. Le monde devient de plus en plus dangereux, les affrontements entre les grandes puissances sont de plus en plus houleux, comme on le voit d’ailleurs en ce moment entre les Etats-Unis et la Chine. Il n’y a qu’ensemble que les Européens peuvent surmonter ces défis.

 

Comment faites-vous la promotion de la démocratie en Europe ?

Il faut rappeler la grande perspective historique dans laquelle l’Europe se place, sans toutefois occulter les considérations quotidiennes. Il faut donc aussi justifier nos actions concrètes qui visent à améliorer les conditions de vie de nos concitoyens. L’un ne va pas sans l’autre. Dans le cadre des élections européennes, nous préparons des bilans de performances de 1 400 villes, communes et régions de l’Union européenne pour lesquelles nous pouvons dire concrètement ce que nous avons fait en tant qu’Union européenne pour la ville ou région en question. Il y a de nombreux exemples très encourageants à évoquer. Nous préparons également 400 histoires sur différentes thématiques ciblées. Que faisons-nous contre le diabète ? Que faisons-nous pour les gens qui aimeraient aller voir un match de football à l’étranger ? Ces sujets du quotidien ont une importance pratique telle qu’ils méritent tout autant d’être évoqués que le grand récit de la paix et de l’autodétermination.

 

Dans son discours devant le Parlement européen en novembre 2014, le Pape aussi a fait l’éloge de l’idée européenne en tant que projet de paix ainsi que de la volonté de maintenir les traditions européennes. Il s’est cependant également permis d’émettre quelques critiques. Qu’a-t-on retenu du discours qu’a prononcé le Pape devant les eurodéputés ?

Sa visite a été un moment très impressionnant. Le fait que le Pape nous ait rendu visite montre à quel point la démocratie européenne lui est chère. Il est allé au Parlement européen et a parlé à tous les députés. Je crois que nous avons quelque chose en commun, nous sommes persuadés que nous avons besoin de dialogue, de compréhension, de compromis - et que les solutions radicales ne sont pas de réelles solutions. L’Europe est aussi un projet de paix dans sa façon de désamorcer les conflits.

 

Y-a-t-il un élément purement ecclésiastique et religieux à apporter à ce projet ?

L’histoire de la création de l’Union européenne est étroitement liée à l’engagement des catholiques. Le procès en béatification de Robert Schuman est en cours. Alcide de Gasperi est lui aussi particulièrement respecté pour son engagement en tant que catholique. C’est au nom de convictions catholiques et chrétiennes que les pères fondateurs ont développé leur engagement sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale. Cela fait partie de notre ADN, de notre histoire. Nous sommes convaincus que le nationalisme n’est pas une solution et que notre voie est celle de la coopération, du compromis et du consensus. Le respect de l’humain et de sa dignité personnelle doit être le fondement de l’action politique européenne et de l’engagement qui en découle.

 

Entretien de fr. Bernd Hagenkord avec Klaus Welle,

Secrétaire général du Parlement européen

 

Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
http://europe-infos.eu/