Thursday 19. September 2019

Que signifie : Unité dans la diversité ?

Son Éminence, le Métropolite Emmanuel de France, explique comment le principe de l´unité dans la diversité est au cœur de la théologie chrétienne et constitutive du projet européen.

L’articulation de l’unité et de la diversité est à la fois paradoxale et antinomique. Les deux réalités se rapprochent, bien qu’elles soient ô combien différentes par nature. Pour la théologie chrétienne et surtout orthodoxe, la coïncidence de l’un et du pluriel existe avant tout dans le cadre trinitaire. Le Dieu un et unique est aussi un Dieu Trine : Père, Fils et Saint-Esprit. La foi chrétienne est particulièrement attachée à cette révélation qui se déploie avec une force particulière dans les Évangiles, puis dans les écrits des Pères du 4e siècle, notamment cappadociens, qui n’ont eu de cesse d’approfondir cette notion trouvant la perfection de son existence en Dieu : un par l’essence et trois selon les personnes (hypostases).

 

Le principe de communion

 

Mais la réalité du divin ne se manifeste pas avec tant de perfection dans le créé. L’un reste pour autant indissociable du multiple. Dans le langage ecclésial, on parle alors volontiers de communion comme d’un principe d’être se rapprochant le plus des projets sociétaux et politiques, comme celui de l’Europe. Communion et société partagent d’ailleurs la même racine grecque. On peut lire dans l’Écriture sainte : « ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion (koinonia) avec nous. Or, notre communion (koinonia) est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. » (1 Jean 1, 3)

La communion diffère cependant de la cohésion sociale en ce sens qu’elle reste un projet eschatologique, au-delà de l’espace et du temps. Le principe de communion, koinonia, est au carrefour de l’un et du multiple. Il se fonde sur l’incarnation du Christ, le divin unissant à sa personne la nature humaine, et se réalise dans l’union de la créature avec son créateur. La dimension environnementale des questions éthiques devient alors centrale. L’Encyclique du Saint et Grand Concile (2016) déclare : « Pour résoudre le problème écologique sur la base des principes de la tradition chrétienne, il faut non seulement faire pénitence pour le péché d’exploiter à outrance les ressources naturelles de la planète, c’est-à-dire changer radicalement de mentalité, mais aussi pratiquer l’ascèse comme antidote au consumérisme, au culte des besoins et au sentiment de possession. » (paragraphe 14)

 

Contre le désir d´isolation et le populisme

 

Enfin, dans le cadre de l’action orthodoxe dans l’espace, voire le débat public, il est important de souligner que la déclinaison de ces principes théologiques peut servir de catalyseur, notamment dans un contexte politique particulièrement polarisé où les particularismes sont utilisés pour restreindre le périmètre de l’unité. Car le désir d’isolation et le populisme qui mettent en danger l’Europe aujourd’hui sont une menace non seulement pour l’unité, mais aussi pour la diversité. Car le phénomène de fragmentation qui s’opère ne fait que générer de plus petites cellules qui ne pensent et ne vivent leur unité qu’au dépens d’un Autre, acceptable que pour ses propriétés d’opposition. Mais l’un embrasse, il réunit, il est inclusif, dans le respect des particularités. Ces particularités sont en danger lorsque le champ d’action de l’un se réduit, lorsqu’il perd sa dimension universelle. Il faut prendre ici le terme universel au sens qualitatif de « catholique » (étymologiquement, selon le tout).

 

Pour un dialogue des civilisations

 

De nombreux penseurs, comme Régis Debray, ont réfléchi à la nature du lien qui permet l’articulation de l’unité et de la diversité. Du point de vue de l’orthodoxie, il ne peut y avoir de médiologie sans dialogue, sans cet échange de paroles à la fois primaire et indispensable dans le traitement de l’altérité. Il ne s’agit pas ici que d’une question théologique, ni même philosophique, elle possède aussi des ramifications politiques. D’aucuns parlent volontiers de « dialogue » social comme d’autres parleraient de « dialogue » des civilisations. Le dialogue connecte et met en relation. Il combat les préjugés et l’emporte sur la haine.

 

Mais la plus belle expression de cette dialectique de l’un et du pluriel en revient certainement à saint Paul lui-même : « En effet, comme nous avons plusieurs membres en un seul corps et que ces membres n’ont pas tous la même fonction, ainsi, à plusieurs, nous sommes un seul corps en Christ, étant tous membres les uns des autres, chacun pour sa part. » (Rom. 12, 5)

 

Son Éminence le métropolite Emmanuel de France

 

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