Donnerstag 16. August 2018
#163 - Septembre 2013

 

Identité européenne : des jeunes posent la question

 

La COMECE a co-organisé la 8ème université d’été internationale en Autriche, à l’intention des étudiants axés vers l'international qui souhaitent approfondir leur compréhension de l'actualité européenne.


Depuis un certain nombre d’années, la COMECE co-organise et co-parraine une université d’été en collaboration avec l’Université de Graz et le Diocèse de Graz/Seggau dans la province d’Autriche méridionale de Carinthie, aux confins d’une charmante région de collines et vallées qui lui valent l'appellation de Toscane autrichienne. L’université d’été, organisée dans le domaine épiscopal de Seggau avec son château imposant et ses anciens corps de ferme, un lieu qui est maintenant devenu un centre polyvalent de ressources du diocèse, rassemble une centaine d’étudiants et de professeurs venus d’universités et d’établissements post-universitaires d’Europe et au-delà. Cette année, la majorité des étudiants venaient d’Europe orientale, dont un large contingent des Balkans.

 

L’édition 2013 de l’université d’été était centrée sur la question de l’identité européenne. Les composantes généralement reconnues de cette identité (imprimées en différentes tailles et couleurs sur une carte postale représentative) ont été étudiées à la loupe et minutieusement analysées. Les professeurs et les intervenants invités ont exploré des modèles de gouvernement démocratique (le Canada et ses structures fédérales ont fait l’objet d’une attention particulière), les traditions parlementaires, les modes de déplacement temporaire de la population, la migration de longue durée et l’intégration. Les questions qu’ils n’ont cessé de poser aux étudiants et qu’ils se sont mutuellement demandés étaient les suivantes : qui suis-je ? Si je me définis comme européen, qu’est-ce que cela implique pour moi et pour l’Europe de demain ?

 

Cette année encore, Michael Kuhn était le référent de la COMECE à la rencontre de Seggau. De mon côté, je m’y rendais pour la première fois et j’y ai vécu quatre jours très intenses. Dans la perspective des élections européennes, ma visite offrait une belle occasion de prendre le pouls de la jeune Europe. Je voudrais partager avec les lecteurs d’Europe Infos les conclusions de ma petite enquête (souvent effectuée sur le vif).

 

Plus de 90% des étudiants venus à Seggau avaient moins de 26 ans. Nés et élevés à l'ère du numérique, ils ont Facebook pour patrie, pour heimat tandis que leur I-pad est la porte ouverte sur leur monde. Du côté des professeurs, et certainement de votre humble serviteur Meine Wenigheit, il faut reconnaître que nous sommes de simples touristes, quelque peu maladroits de surcroît, dans le monde numérique, même si nous avons les yeux rivés huit heures par jour sur nos écrans d’ordinateur.

 

Or, tous les étudiants qui sont citoyens de l’Union européenne sont de nouveaux électeurs qui auront la possibilité de voter pour la première fois aux élections de 2014.

 

Roberta Maierhofer (de l’Université de Graz), Directrice de l’Université d’été, a une approche très concrète et plutôt morose à l’égard de l’Union européenne. Selon elle, il y a trop de “grandiloquence”, trop de pression politiquement correcte pour faire accepter l’Union comme une “bonne idée”, trop d'excès dans le grand récit de la paix et de la prospérité. Pour Roberta Maierhofer, l’Union européenne est une  structure, un élément d’architecture politique, mais sommes-nous obligés d’y mettre des sentiments et de l’aimer ?

 

Etant donné l’attitude sobre et pragmatique de la Directrice de la rencontre vis-à-vis de l’Union et de l’identité européenne, il n'y a rien d'étonnant à ce que les étudiants aient eux aussi fait preuve de peu d’idéalisme ou en tout cas d'aucun idéalisme sentimental en ce qui concerne l’Europe. Ni la poésie héroïque de Schiller ni le lyrisme des mélodies de Wagner ni les démarches pour porter Robert Schuman sur les autels n’ont fait battre plus vite le cœur de ces jeunes.

 

Pavlos Dimitrakos (né en 1989 à Athènes, 340 amis sur Facebook) étudie l’histoire et les relations internationales à Christ Church, Canterbury et reconnaît qu’il est europhile “en principe”. L’étude universitaire des institutions de l’Union européenne a néanmoins tempéré son ardeur. L’approche excessivement statique de la Commission et du Conseil, associée au manque de transparence du fonctionnement du Parlement, rebutent ce jeune homme qui se définit comme un “libéral classique”. Pavlos insiste sur le fait que l’Europe doit continuellement se réformer – semper reformanda – et il veut bien accepter “davantage d’Europe, si tant est qu’il s’agisse d’une meilleure Europe.”

 

Quelques étudiants refaisant le monde autour d’une tasse de café se sont empressés de faire part de leur point de vue sur l’Europe. Maria Sandorova et Martin Koller sont slovaques, tandis que Vladimir Bobu et Andrei Maksymiw viennent respectivement de Moldavie et d’Ukraine : deux étudiants qui vivent déjà dans l’Union européenne, deux autres qui vont avoir une longue attente dans l’antichambre de l’Union (dans ce groupe, chacun a entre 350 et 500 amis sur Facebook). Ceux qui vivent à l’extérieur de l’Union européenne sont vraiment désireux d’y entrer, tandis que les deux étudiants slovaques trouvent important d’appartenir et de participer à un ensemble plus vaste. Ces derniers ont l’intention de voter aux élections européennes de 2014 mais aucun des deux ne connaît Mme Zaborska, une parlementaire européenne slovaque très en vue.

 

Quant à la Croatie, elle ne faisait partie de l’Union européenne que depuis quatre jours lorsque j’ai parlé à Ivana Obucina (née en 1988, 170 amis sur Facebook) et à Anja Hardi (née en 1991, 250 amis sur Facebook).  Les deux jeunes femmes ont l’intention de voter aux élections européennes de l’année prochaine, mais elles retiennent leur souffle en se demandant dans quelle mesure l’adhésion à l’Union va pouvoir améliorer le sort de leur Croatie natale. Quoi qu’il en soit, a déclaré Anja, “nous ne pourrons pas nous faire entendre”.

 

De son côté, George Dirdevic (né en 1991 en Serbie) affirme qu’il a un millier d’amis sur Facebook : 40% viennent des Balkans, les 60% restants sont des amis et d’anciens étudiants qu’il a rencontrés dans les différentes écoles d’été auxquelles il a participé au fil des années ainsi que pendant son séjour actuel à Lisbonne dans le cadre du programme Erasmus. Si George perçoit dans les médias européens une hostilité croissante à l’égard de l’Union européenne, il estime personnellement que l’âge, la religion et le nationalisme ont un impact négatif sur la société de l’Union.

 

Par manque de temps, il ne m’a pas été possible d’interviewer d’autres étudiants parmi tous ces jeunes gens sympathiques et intelligents, dont la plupart sont déjà citoyens de l’Union européenne et qui sont sur le point d'entrer dans ce qu’ils perçoivent comme un grand marché ouvert du travail, porteur d'opportunités et de prospérité. Les avis que j’ai recueillis auprès des quelques étudiants auxquels j’ai parlé n’auraient guère été différents si j’avais interviewé l’ensemble des étudiants présents.

 

Malheureusement, pas un seul d’entre eux n’a mentionné la religion ni l’Eglise comme force positive de changement. Mais il faut dire que nous étions au début juillet, c’est-à-dire trois semaines avant la venue du pape François à Rio et sa participation aux Journées Mondiales de la Jeunesse 2013.

 

Fr Patrick Daly

COMECE

 

 

 

Version originale de l’article : anglai

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