Montag 10. Dezember 2018
#220 - Novembre 2018

Des étudiants sur les traces de la « Grande Guerre »

Depuis 2014, un projet de séminaire sur la Première Guerre mondiale est proposé par la faculté du travail social de l'Université catholique d'Eichstätt-Ingolstadt (Allemagne) et dirigé par le Professeur Ulrich Bartosch. Il est dédié au « travail de mémoire sur la Grande Guerre ».

De moins en moins de liens directs

 

Ce séminaire se déroule sur deux semestres et comporte différents éléments. Lors du cours introductif, les étudiants appréhendent tout d'abord la Première Guerre mondiale en tant que sujet d'étude historique. Force est de constater qu'ils ne disposent que de très peu de connaissances sur le sujet et qu'ils ont rarement un rapport personnel à cet événement historique et la possibilité de le découvrir par le biais de photos ou de documents familiaux. En somme, on peut faire le constat que les « chemins » menant à l’histoire de la Grande Guerre sont aujourd'hui ensevelis. A cet égard, les jeunes gens ne font d’ailleurs que réfléter l’état actuel de la mémoire collective allemande.

 

Pendant le séminaire, on présente au groupe d'étudiants des textes et des films ainsi que de nombreux aspects de la thématique. On attend des participants qu'ils se penchent en détail sur une question en particulier et partagent les nouvelles connaissances qu'ils ont acquises avec les autres. Parmi les domaines d'expertise sur lesquels ils peuvent choisir de se pencher, on trouve par exemple la technique des armes, l'hygiène et le service de santé des armées, la fortification, le rôle des soldats juifs, la bataille de Verdun, le militarisme, le rôle des scientifiques, la photographie privée, l'image de la guerre, et bien d'autres encore. Ce travail d’approfondissement d’un domaine d'expertise particulier se poursuit tout au long du séminaire.

 

Différentes approches du fait historique

 

Afin de donner un aperçu d'ensemble du sujet, l'œuvre « La Grande Guerre » de Herfried Münkler (2013) fait partie du programme. Les participants se répartissent la lecture des passages, des extraits sont lus et discutés pendant les cours. Le groupe peut ainsi se forger une idée complète du contexte tout en se penchant sur certains aspects choisis des événements historiques.

 

Après s'être familiarisés de manière approfondie avec le sujet, les étudiants se rendent au Musée bavarois de l'armée d'Ingolstadt. Ce musée héberge la plus grande exposition permanente consacrée à la Première guerre en Allemagne. Le musée leur donne la possibilité de « se promener » dans l'Histoire et d'« arpenter » le déroulement de la guerre. Chaque étudiant commence par parcourir l'exposition seul, à la recherche de la partie a plus adéquate pour présenter son domaine d'expertise et l'avancée de ses recherches. Puis, le groupe entreprend une visite commune de l'exposition au cours de laquelle chaque étudiant fait le point sur l'avancée de ses recherches. En passant devant une tranchée reconstituée, les étudiants lisent à voix haute des passages de l'œuvre de Henri Barbusse « Le feu ». Outre les informations objectives et techniques que cette lecture apporte, elle leur permet par ailleurs de découvrir les émotions des soldats.

 

Cette visite se poursuit par une soirée cinéma pendant laquelle on visionne des extraits de plusieurs films sur la Première Guerre mondiale. C'est alors l'occasion de parler des développements techniques de la propagande et des médias ou encore du travail dramaturgique que l'on retrouve aujourd'hui avec le phénomène du « journalisme embarqué ».

 

Excursion vers des lieux historiques

 

L'excursion d'au moins 5 jours en France constitue un des temps forts du séminaire. Elle emmène le groupe au Vieil Armand, à Reims et à Verdun mais aussi à Arras et à Strasbourg. L'objectif de cette partie du séminaire est d'expérimenter. Il s'agit entre autres de faire l'expérience de la proximité géographique du théâtre des opérations et de se rendre compte de son étendue. Se promener entre les positions, s’arrêter dans les cimetières militaires, visiter des musées, des positions ou des monuments, tout cela impressionne vivement les participantes et participants, et ce d'autant plus qu'ils se sont spécialisés sur le sujet. En plus des explications techniques et historiques, ils lisent à voix haute des témoignages de ce qui s'est passé sur place et peuvent même visionner un film d'époque à Fort Vaux près de Verdun.

 

La réflexion sur le rôle des soldats pendant la guerre est un des aspects les plus délicats du concept du séminaire. Peut-on parvenir, en mobilisant leur esprit critique, à faire comprendre aux participants ce qui motivait les jeunes gens de l'époque à combattre, eux qui reposent sous les rangées de croix blanches ? Il s'agit ici de développer par soi-même un autre point de vue par rapport à la guerre, et ce sans passer uniquement par une dévalorisation arrogante des décisions d'autrui. Bien au contraire, l'abnégation des soldats tombés sur le front, utilisée à mauvais escient, mérite le respect tout autant que la critique afin de pouvoir se forger une position pertinente visant à défendre la paix sans aucun compromis. A cet égard, rappelons-nous que leurs corps sont certes ensevelis depuis 100 ans mais qu’ils restent ceux de jeunes soldats morts bien avant même d'avoir atteint l'âge des étudiants en question. Il est donc opportun d'apprendre à les connaître en tant que jeunes personnes ayant des objectifs et des aspirations comparables. Pendant le séminaire, on a présenté aux étudiants des lettres de soldats en les invitant à : « Aller sur une des tombes, lire quelques unes de ces lettres à voix haute et donner ainsi sa voix aux soldats tombés sur le front. » Cette proposition fut bien accueillie et donna lieu à des scènes émouvantes et à un certain recueillement.

 

Pourquoi suivre ce séminaire

 

En suivant ce séminaire, on découvre que de nombreux conflits actuels, ainsi que les délimitations de notre continent et de nombreuses autres régions du monde, découlent en grande partie des événements qui se sont déroulés au début du siècle et de la Grande guerre. Se pencher sur une guerre qui a commencé avec des lances et a vu ensuite arriver le gaz toxique, les combats aériens et l'introduction des blindés n'est pas anodin. L'incroyable dynamique qui peut découler de la politique, du conflit, de la technique, de la science et de la culture nous invite à considérer avec précaution et scepticisme l'attitude naïve tendant à penser que « quelqu'un » réussira bien à avoir le contrôle de la situation.

 

Sentir la guerre aussi proche de soi dans un pays, la France, pour lequel les étudiants ne ressentent aucune concurrence, ni même aucune inimitié, est une expérience qui laisse pensif, triste, perplexe et désemparé. Cette expérience donne corps à l’idée européenne : c’est la dimension de paix du projet européen qui devient ainsi palpable au delà de toutes les considérations économiques.

 

Prof. Ulrich Bartosch

Chaire de pédagogie de l'Université catholique d'Eichstätt-Ingolstadt

 

 

Version originale de l’article : allemand

 

 

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