Monday 22. July 2019
#218 - Septembre 2018

Controverse à propos de la Maison de l’histoire européenne

En mai 2017, la Maison de l’histoire européenne ouvrait ses portes à Bruxelles au parc Léopold, tout près des institutions de l’UE. Sa conception et ses contenus ne tardèrent pas à faire polémique.

Selon une célèbre citation, l’histoire est écrite par les vainqueurs. Après les guerres meurtrières subies par l’Europe pendant des siècles, il est bien difficile, si ce n’est même impossible, d’écrire une « Histoire européenne ». La création de l’Union Européenne a cependant permis à l’Europe d’écrire un nouveau chapitre de l’Histoire mondiale. Un continent tout entier est ainsi parvenu à surmonter des « haines héréditaires » et des divisions pour trouver le chemin de l’unité. Cela ne suffit cependant pas à effacer les épisodes les plus sombres de l’Histoire. De temps à autre, de vieux fantômes resurgissent et des événements appartenant au passé sont instrumentalisés. C’est d’ailleurs ce qui avait poussé Jan Tombinski à plaider dans l’édition de mai d’Europe-infos pour l’instauration d’une culture de la mémoire en Europe afin de ne pas mettre en péril notre avenir commun.

 

Depuis la fondation de la Maison de l’histoire européenne, un espace existe désormais pour accueillir ce travail de mémoire. Ce lieu d’exposition a pour vocation « de favoriser la compréhension du passé commun et des différentes expériences des citoyens européens ». Pour ce faire, il ne se propose pas d’énumérer simplement les histoires nationales mais plutôt de rassembler les différentes expériences des pays et peuples européens afin de les faire dialoguer. L’exposition permanente aborde des phénomènes qui ont concerné l’ensemble de l’Europe du 19ème et du 20ème siècle. Des expositions temporaires se penchent quant à elles sur des aspects plus spécifiques de l’histoire européenne. Les documents témoignant des ravages des deux Guerres mondiales sont particulièrement impressionnants. Une séquence de film montre d’abord comment des bombes sont larguées par des avions avant de changer de perspective en montrant les destructions dans les villes.

 

La vision de l’Histoire de la Maison critiquée

 

Le musée a cependant rapidement été l’objet d’une controverse. Paweł Ukielski, directeur-adjoint du Musée de l’Insurrection de Varsovie et membre du directoire de la Plateforme pour la mémoire et la conscience de l’Europe, a publié le 6 novembre 2017 dans le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung un article extrêmement critique sur la Maison. Après avoir énuméré une série d’erreurs factuelles, il critiquait surtout le fait que les racines chrétiennes de l’Europe n’y étaient pas assez prises en compte. C’est en avançant des arguments similaires que le ministre polonais de la culture, Piotr Glinski, s’était également plaint de l’interprétation de l’Histoire proposée par la Maison dans une lettre adressée au Président du Parlement européen Antonio Tajani en septembre.

 

Paul Ingendaay, correspondant du bureau européen du Frankfurter Allgemeine Zeitung, avait répondu par un article à Paweł Ukielski et montré que l’on pouvait réfuter une grande partie de ses critiques en visitant le musée d’une manière attentive et que certaines de ses récriminations n’étaient pas fondées. Pour P. Ingendaay, les reproches émis par ce pourfendeur de la Maison dénotent une volonté de représenter une identité européenne toute autre, à savoir : « chrétienne, basée sur le modèle de l’Etat-nation, anticommuniste ». Cela lui semble compréhensible d’un point de vue polonais mais ne correspond pas, selon lui, avec l’objectif de la Maison de l’histoire européenne.

 

Entretien avec la directrice du musée

 

Comment répond la Maison de l’histoire européenne à ces reproches ? Sa directrice, l’Allemande Constanze Itzel, a volontiers accordé un entretien à Europe-infos. Dans son doctorat d’histoire de l’art, elle s’était penchée sur les débats théologiques autour de la querelle iconoclaste au 15ème siècle et elle est donc familière des questions concernant l’influence chrétienne dans la culture européenne. Elle affirme que la Maison n’a jamais eu l’intention de nier l’héritage chrétien de l’Europe. Elle souligne que la Maison est politiquement indépendante et évoque le guide du musée, dans lequel le christianisme est présenté comme un des fondements essentiels de la « civilisation occidentale » du patrimoine européen : « Aujourd’hui encore, les valeurs, traditions et cultures européennes reposent sur cet héritage chrétien. » Pourrait-on rendre justice à cette vision en invitant un historien de l’Eglise à siéger au conseil scientifique du musée ?

 

Constanze Itzel concède volontiers que tout n’est pas parfait. Le génocide des Tsiganes lors de la seconde Guerre mondiale n’est par exemple pas assez présent dans l’exposition permanente. La période communiste des pays de l’Europe centrale et orientale, qui a commencé après la seconde Guerre, aurait pu être représentée de façon plus critique. Un processus d’évaluation est déjà en cours. Mme Itzel se dit prête à participer à une éventuelle table ronde où un débat permettrait à des participants ayant des avis divergents sur la Maison d’en discuter. Lorsqu’il s’agit de se pencher sur l’Histoire européenne comme dans d’autres débats, il n’existe pas d’alternative au dialogue

 

Martin Maier SJ

JESC

 

Version originale de l’article : allemand

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