Mittwoch 20. März 2019
#221 - Décembre 2018

Asile religieux : s'engager pour l'Etat de droit humanitaire

Accueillir des réfugiés dans les lieux de culte est une ancienne tradition qui existait déjà à l'ère pré-chrétienne et à la naissance du christianisme.

En Europe, cette tradition a été ravivée par la Charte de Groningen, charte adoptée par les communautés chrétiennes et par des initiatives religieuses d'inspiration populaire et démocratique en 1987. En voici un extrait :

« Si nous avons de bonnes raisons de croire qu'un réfugié ou un demandeur d'asile qui menace d'être expulsé n'est pas traité de manière foncièrement humaine ou que des décisions sont prises qui pourraient sérieusement limiter la qualité de sa vie future, nous nous engageons alors à l'accueillir et à le protéger jusqu'à ce qu'une solution acceptable pour toutes les parties prenantes soit trouvée. Nous ne reculerons pas devant la confrontation directe avec nos gouvernements et mènerons ouvertement des actions de solidarité et de protestation lorsque nous jugerons que la situation l'exige. »

 

C'est sur cette conviction qu'est fondé ce que l'on appelle l'asile religieux, soit l’accueil de réfugiés dans les églises tel qu’il est pratiqué en Allemagne. Il n'est pas ancré dans la loi mais est toutefois généralement toléré par l'Etat allemand en tant qu'intervention de l'Eglise. Il n'y a aucun paragraphe de la législation allemande qui y soit dédié, mais le gouvernement et les Eglises ont conclu des entretiens et des accords non contraignants pour l’encadrer. L'expérience nous a montré que dans la plupart des cas, les autorités allemandes renoncent à faire appel à la police afin d’expulser les réfugiés des lieux de culte chrétiens alors qu'elles le pourraient.

 

Si une paroisse accueille un réfugié pour empêcher qu'il ne soit rapatrié, les autorités en sont informées. Cela s'explique par le fait que l'objectif de l'asile religieux est justement de pousser les autorités à réviser leur décision de rapatriement en prenant en compte le cas de l’individu concerné et sa situation particulièrement difficile. Tout asile religieux commence par une rencontre : quelqu'un fait connaissance avec une personne et est touché par sa détresse et agit en fonction, et ce en espérant que l'Etat de droit reconnaitra également ces motifs lorsqu'il se penchera à nouveau sur le cas.

 

De nombreux asiles religieux pourraient être évités si l'autorité compétente (le BAMF en Allemagne) prenait dès le début des décisions plus en adéquation avec les faits lorsqu'il s'agit des demandeurs d'asile. A l'heure actuelle, la plupart des asiles religieux ont pour but d'empêcher un rapatriement vers un autre pays européen. Selon le règlement de Dublin, l'Etat responsable de la procédure d'asile est celui dans lequel le demandeur d'asile est arrivé en premier lieu lorsqu'il est arrivé en Europe, à moins qu'un autre Etat ne décide volontairement de prendre en charge la procédure. En 2017, d'après le gouvernement allemand, 1561 asiles religieux visaient à empêcher une reconduite dans le cadre du règlement de Dublin et 972 pour le premier semestre de 2018.

 

L'asile religieux, une décision complexe

 

Accorder l'asile religieux est une décision lourdement pesée par les paroisses et les communautés monastiques. La solitude et le fait de vivre dans un espace restreint sont souvent de grandes sources de troubles émotionnels pour le réfugié. Par ailleurs, tout asile religieux requiert un engagement bénévole, financier et organisationnel très important.

Au premier abord, un rapatriement au sein de l'Europe ne semble pas être une perspective particulièrement menaçante. Cependant, dans certains pays où beaucoup de touristes passent leurs vacances dans l'insouciance, la situation est alarmante pour les réfugiés. En Grèce et en Italie, des milliers de réfugiés vivent livrés à eux-mêmes et sans abris. Nombreux sont ceux qui parlent de maltraitance en Bulgarie et en Hongrie. Ce sont quelques fois des raisons familiales qui poussent à entamer une procédure d’asile en Allemagne, comme dans le cas de ce jeune Yésidi qui a pu échapper aux massacres de l'Etat Islamique.

 

Contrairement à la paroisse, l'office fédéral chargé d'étudier son dossier n'a pas pris en compte le fait que ce jeune homme avait pu trouver un lieu de refuge sécurisant chez son oncle (qui est parfaitement intégré) à Munich. Il en va de même pour le destin de cette femme seule qui faisait partie des survivants d'une embarcation coulée en mer. Arrivée en Italie, elle fut violemment forcée à se prostituer, ce qui la poussa à poursuivre son périple.

 

Au cœur de la doctrine chrétienne

 

Comme partout, il peut y avoir des erreurs dans les procédures d'asile et de permis de séjour. Mais dans ces domaines, ces erreurs peuvent avoir des conséquences fatales. Nous ne savons pas quels critères l'office de la migration applique pour traiter les dossiers d'asile religieux et décider de rapatrier ou de permettre au réfugié de rester. Les avis émis, qui ne sont souvent composés que de textes préconçus, ne donnent généralement pas d'informations à ce sujet. Par peur d'être reconduits à la frontière, certains réfugiés sont ainsi restés dans les églises jusqu'à ce que le délai d'attente maximal soit dépassé et que le traitement de leur dossier soit transmis à l'Allemagne. Jusqu'à maintenant, ce délai était de six mois. Cependant, pour les réfugiés ayant essuyé un nouveau refus et pour tous ceux dont le dossier ne peut être traité rapidement, il faudra à l'avenir attendre un an-et-demi avant que l'Allemagne ne puisse se voir attribuer la compétence de gérer la procédure d'asile. Les Eglises ont protesté contre ce durcissement, car selon le règlement de l'UE, un tel rallongement du délai ne peut être juridiquement valable que si un réfugié se cache ou a pris la fuite. Mais cela n'est pas le cas pour l'asile religieux car les autorités savent où il se trouve.

 

S'engager pour défendre son prochain qui est en détresse est au cœur de la doctrine chrétienne. Dans le cadre de l'asile offert par les églises, cet engagement se fait dans l'espoir d’orienter une décision qui va dans le sens du respect de l'état de droit et qui se veut humanitaire. L'asile religieux est une façon de s'engager ouvertement pour un Etat de droit humanitaire, chose que l'on ne peut malheureusement pas identifier dans la politique d'asile actuelle.

 

Claus Pfuff SJ

Directeur du Service Jésuite des Réfugiés en Allemagne

 

Version originale de l’article : allemand

 

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