Monday 20. May 2019
#220 - Novembre 2018

Albanie : Pourquoi souhaitons-nous faire partie de l’Europe?

Les Conseil de l’UE s’est accordé pour ouvrir en juin 2019 des négociations d'adhésion avec l'Albanie. L’évêque Rrëshen, Mgr Gjergj Meta, nous explique pourquoi les albanais souhaitent intégrer l’UE alors que les britanniques s’apprêtent à en sortir.

Pour nous, Albanais, l’adhésion à l’Union européenne n'est pas seulement une question technique ou bureaucratique. C'est quelque chose de plus: c'est une aspiration, un désir de ce qui a été nié pendant des siècles. C'est le désir de retrouver un sentiment d'appartenance à une réalité qui n'est pas uniquement de nature économique, politique ou juridique, mais à une réalité plus importante. Il s’agit d’une nécessité quasi spirituelle, au sens le plus large du terme.

 

La fin du rêve européen

 

Bien évidemment, en Europe, le scénario initial - quand les pères fondateurs ont commencé à rêver d'un continent comme étant un espace de réconciliation - a considérablement changé. Tant la fin de la guerre froide que les divers changements culturels et économiques des trente dernières années ont modifié l'approche de certains pays à l'égard du rêve d’une Europe unie.

 

Le regain des nationalismes et des populismes en Europe et le Brexit en particulier ont affaibli le projet d'une Europe unie. Cet affaiblissement est la conséquence à la fois de la crise économique, de la montée en puissance de l'intégrisme islamique et des vagues de migration des pays du tiers monde vers l'Europe. Après le 11 septembre et les attaques terroristes perpétrées dans quelques capitales européennes, certaines franges de la société européenne ont suggéré de fermer les frontières et de limiter l'élargissement de l'Union européenne à de nouveaux membres. Nombreux sont ceux qui mettent désormais fortement en cause le rêve européen de Schuman, Adenauer et De Gasperi.

 

C’est dans ce climat de doute que le peuple et le gouvernement albanais ont entrepris leur chemin vers la pleine intégration dans la famille des peuples européens.

 

Les avantages de faire partie de l’Union européenne

 

En réfléchissant à la situation de mon pays, je dirais que l'Albanie se considère et se voit comme faisant naturellement partie de l'Europe, de son histoire et de ses traditions. Par ailleurs, une adhésion à l'UE faciliterait aussi ses échanges économiques et culturels et concrétiserait ainsi ce désir et cette aspiration d’appartenance.

 

Presqu'un million d'Albanais vivent en dehors des frontières de l'État albanais et, - si vous regardez attentivement - beaucoup d'entre eux vivent dans des pays occidentaux, pour la plupart européens. Ceci s’explique par le fait que, dans une réalité comme l'Europe, nous pouvons trouver l'espace de liberté nécessaire et des possibilités d’une vie meilleure. J’ajouterais que dans l'Europe chrétienne (du moins dans ses racines), de nombreuses personnes, même non-chrétiennes, originaires d'Albanie, un pays à majorité musulmane, voient qu'il est possible de vivre librement et de pratiquer librement sa propre foi, sans préjudices envers une croyance religieuse différente du christianisme.

 

Une garantie pour l’avenir

 

La perspective d’adhésion à l’UE a déjà ouvert la voie à une amélioration de notre système judiciaire, juridique, social et de protection des droits de l'homme. La situation serait encore améliorée si l'Albanie devenait membre à part entière.  L'Union européenne contribuerait ainsi à mettre en garde les politiciens albanais contre les logiques autoritaires et confirmerait l'Albanie au sein de la longue tradition de la civilisation européenne, une civilisation de solidarité sensible aux besoins les plus profonds de la personne humaine.

 

L’appartenance à l’Union européenne garantirait l'inviolabilité de certains droits inaliénables, tels que le droit à la propriété (en Albanie, la question des biens confisqués par le communisme n'est pas encore résolue), le droit à l'éducation même pour les villages les plus éloignés, un système fiscal qui permettrait à l'Etat de réfléchir davantage au bien commun (lutte contre la fraude), l'égalité dans la diversité légitime de toute culture, tradition et origine.

 

Les avantages seraient certainement nombreux, même si l'Europe elle-même présente des lacunes dans certains de ces domaines. Mais il y a encore un autre aspect à prendre en considération.

 

Un rempart contre le retour des nationalismes

 

Dans les Balkans, la situation, bien qu'elle ait pu évoluer depuis un certain temps, est encore difficile en raison des revendications nationalistes et ethniques de toutes sortes. L'intégration européenne des Balkans est, à mon avis, un moyen privilégié pour mettre fin aux revendications nationalistes.

 

Au lieu de rêver aux grandes nations, ethniquement et religieusement "pures" au sein des Balkans, le projet européen pourrait assurer l'intégration des peuples appartenant à des religions et groupes différents. C'est pourquoi les efforts, tant des institutions européennes que des États candidats à l'adhésion, devraient s'intensifier à l’avenir afin de faire de l’Europe le leader de la coexistence pacifique et intégrée des différents peuples dans le monde. Ce serait tout à l'honneur de l'expérience et de la longue tradition de l'Europe en tant que foyer commun de peuples différents.

 

L'Albanie elle-même est un exemple remarquable de coexistence pacifique entre des personnes et des groupes d'origines religieuses différentes, ce qui pourrait en retour apporter une contribution significative à la société européenne.

 

Mgr Gjergj Meta

Evêque Rrëshen

Secrétaire Général de la Conférence épiscopale albanaise

 

Version originale de l’article : italien

 

 

Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

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