Mittwoch 12. Dezember 2018
#219 - Octobre 2018

1918, une fin de guerre en trompe-l’œil

La réconciliation entre les peuples est rendue difficile par l’ampleur des pertes avec 10 millions de morts. Quel rôle a joué l’Eglise catholique dans les efforts de paix ?

Le 11 novembre 1918, les plénipotentiaires allemands signaient à Rethondes un armistice avec les représentants de la France et de la Grande-Bretagne : cette convention, qui mettait fin aux combats sur le front occidental, était la dernière d’une série d’armistices conclus avec la Bulgarie (à Salonique le 29 septembre), l’Empire ottoman (à Moudros le 30 octobre) et l’Autriche-Hongrie (à Villa Giusti le 3 novembre). Le conflit mondial n’était pas fini pour autant : les armistices ouvraient la voie à la négociation de traités de paix qui, seuls, mettraient officiellement fin à l’état juridique de guerre en 1919-1920. En outre, les hostilités perduraient ou allaient reprendre en Turquie, en Russie et en Pologne parfois jusqu’au début des années 1920. Des troubles violents agitaient aussi les territoires du futur royaume des Serbes, Croates et Slovènes (puis Yougoslavie), tandis que plusieurs pays étaient en révolution, comme la Russie, l’Allemagne ou la Hongrie.

 

La fin des hostilités soulevait de nombreux enjeux relatifs à la paix à venir et à la réconciliation entre les anciens adversaires. Mais les vainqueurs voulaient écraser les anciens Empires centraux en voie d’éclatement, pour éviter qu’ils reprennent un jour les armes contre eux et pour obtenir de colossales réparations. La guerre totale, qui avait sévi durant trois ou quatre années selon les pays, avait laissé des traces dans les esprits et les opinions, hostiles à tout compromis. D’emblée, les conditions d’une juste paix, défendues par Benoît XV dans sa note du 1er août 1917, ne semblaient pas pouvoir être acceptées. Lorsque l’Allemagne s’est enquise des conditions d’un éventuel armistice auprès du président des États-Unis, Wilson, début octobre 1918, le pape a « conjuré » ce dernier d’accueillir la demande avec une « bienveillante considération ». Mais la parole pontificale fut peu entendue. Le principe de la participation du Saint-Siège à la conférence de la paix avait d’ailleurs été exclu dès 1915 par l’Entente, sur la pression de l’Italie qui voulait éviter d’aborder la question romaine.

 

Or la paix actée lors des traités de Versailles – un « Diktat » pour les Allemands –, de Saint-Germain-en-Laye (avec l’Autriche), du Trianon (avec la Hongrie) et de Sèvres (avec la Turquie) n’a pas satisfait non plus l’Église. Benoît XV y a consacré l’encyclique Pacem Dei (23 mai 1920) : « si presque partout on a […] signé des traités de paix, on n’a pas extirpé les germes des anciennes discordes […] ; tous les traités sont inefficaces […] tant qu’une réconciliation inspirée par la charité mutuelle n’apaise point les haines et les inimitiés ». C’est donc, pour le pape, « une paix relative », et non pas une « paix juste, honorable et durable », qui a été conclue. En 1922, dans la rédaction initiale de sa première encyclique, modifiée ensuite, Pie XI déplorait aussi « une paix artificielle établie sur le papier », qui « a augmenté […] l’esprit de rancune et de vengeance ». L’effondrement de la catholique Autriche inquiétait beaucoup la papauté, qui noua toutefois assez vite des relations avec les nouveaux États créés à la fin de la guerre : elle attachait beaucoup d’importance à la Pologne, à majorité catholique. Quant à la Société des Nations, l’instance internationale voulue par Wilson pour empêcher les conflits, elle était perçue de manière ambivalente par le Saint-Siège, qui ne pouvait pas en faire partie parce qu’il n’était pas un État (la Cité du Vatican n’a été instituée qu’en 1929) : il en approuvait les objectifs, mais il en critiquait les origines, attribuées à des influences protestantes et franc-maçonnes, et il regrettait qu’elle fût une initiative des seuls vainqueurs de la guerre.

 

La réconciliation entre les peuples était rendue difficile par l’ampleur des pertes (10 millions de morts), des souffrances et des destructions, dont celles d’édifices religieux – la cathédrale de Reims, endommagée et non ruinée comme la propagande l’affirmait alors, en était le symbole. Les catholiques des deux camps avaient largement soutenu l’effort de guerre de leurs pays respectifs au cours du conflit. Il a donc fallu attendre le milieu des années 1920 pour qu’un processus de pacification des esprits et des cœurs puisse s’amorcer. Des catholiques en furent les pionniers, tel Marc Sangnier, à l’origine d’un congrès de la paix pour les jeunes Français et Allemands à Bierville en 1926. Le chemin de la paix restait difficile et tortueux.

 

Fin 1918, la paix en construction était investie d’attentes politiques, humanitaires et spirituelles, portées aussi par la fragile et prophétique voix de l’Église. Les commémorations d'aujourd'hui continuent d'exprimer l’intensité des espérances de cette époque.

 

 

Xavier Boniface

Professeur d’histoire contemporaine

Université de Picardie Jules Verne (Amiens, France)

 

 

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